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Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

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Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More - Page 17 Empty Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Message  ami de la Miséricorde le Mar 31 Oct 2017 - 18:10

XXIV. DE LA MORT PÉNIBLE QU'IL FAUT SUBIR À CAUSE DE LA PERSÉCUTION DES TURCS

VINCENT : Tout le monde craint la souffrance et répugne à la subir, c'est naturel.

ANTOINE : C'est vrai et personne ne vous oblige à courir à sa rencontre, Disons donc que la raison nous invite à souffrir une peine plus courte et moins atroce ici-bas que celle que nous souffririons en enfer.

VINCENT : J'ai entendu récemment le raisonnement que vous venez de faire et il me parut sans réplique. Cependant quelqu'un y répondit de la sorte : un homme qui persisterait dans sa foi au milieu de cette persécution, qui aurait dû subir d'affreuses tortures, et qui, en raison de ces tortures, finirait à la longue par renier Dieu, mourrait avec son péché, et serait damné pour toujours ; tandis que s'il renonce à la foi, dès le début et seulement en paroles, il s'épargnera une mort cruelle, et plus tard il pourra demander pardon et l'obtenir par de bonnes uvres, et être sauvé, comme le fut saint Pierre.

ANTOINE : Ce raisonnement est comme une chaise à trois pieds, si branlante qu'il serait périlleux de s'asseoir dessus. Et ces trois pieds sont : une peur démesurée, une foi fausse, un espoir fallacieux.

D'abord, c'est une peur démesurée que conçoit cet homme s'il croit qu'il est dangereux de confesser sa foi au début, de peur de tomber ensuite dans le reniement à cause de la violence redoublée des tortures qu'on lui ferait subir, comme si, se voyant renié par un homme écrasé par la souffrance, Dieu ne lui donnait pas la grâce de se repentir, comme s'il ne lui pardonnait pas tout comme à celui qui le renia dès le début et l'aima si peu qu'il préféra le renier plutôt que de souffrir, si peu que ce soit, pour lui ! Comme si, plus on souffre pour Dieu, moins on reçoit d'aide de sa part ! Cet argument est stupide, car Notre-Seigneur a dit : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et ne peuvent rien faire de plus » (Lc., 12, 4-5 ; Mt., 10, 28). Il aurait dit : « Craignez ceux qui peuvent vous faire souffrir dans votre corps, car ils peuvent, par le tourment d'une mort pénible (à moins que vous ne me reniiez dès le début pour sauver votre vie et obtenir votre pardon, par la suite), vous amener à me renier trop tard et ainsi soyez damnés pour l'éternité. »

Le second pied de cette chaise bancale est une foi fausse. Car ce n'est pas faire preuve de vraie foi que de dire à Dieu secrètement qu'on l'aime, qu'on a confiance en lui, alors qu'en public, au lieu de l'honorer, on flatte ses ennemis, et on leur fait le plaisir et l'honneur de renier publiquement la religion de Dieu. C'est ne pas avoir non plus de piété profonde. C'est à Dieu lui-même qu'on fait cette insulte car, à moins de manquer de foi, on ne peut ignorer que Notre-Seigneur est partout présent, et qu'il voit parfaitement qu'on est en train de le bafouer. (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Jeu 2 Nov 2017 - 5:45

XXIV. DE LA MORT PÉNIBLE QU'IL FAUT SUBIR À CAUSE DE LA PERSÉCUTION DES TURCS

ANTOINE : (...)Le troisième pied de la chaise est un espoir trompeur. Car renier Dieu et la foi, c'est chose que Dieu lui-même a condamnée de sa bouche, sous peine de damnation éternelle. Et, si Dieu, dans sa bonté, pardonne à bien des gens, il faut dire que pécher sans vergogne dans l'espoir d'être pardonné, c'est se bercer d'un espoir fallacieux et pernicieux, cela conduit à la damnation.

Celui qui, victime d'une subite terreur, tombe malencontreusement dans l'erreur et ensuite, après avoir travaillé à se racheter, se réconforte dans l'espoir du pardon de Dieu, celui-là marche vers son salut. Je n'ai certes pas pouvoir d'écarter la main qui dispense le pardon et je ne voudrais pas le faire. Si je le pouvais, je prierais plutôt pour l'obtenir, mais il me semble que celui qui s'encourage à pécher en se disant que le pardon de Dieu suivra sa faute, je crains bien que celui-là ne manque ce pardon en le demandant de cette façon. Je ne puis me souvenir d'aucun passage de l'Écriture où il soit dit qu'en un tel cas, le pécheur soit pardonné et que Dieu par des promesses faites à d'autres pénitents soit tenu de pardonner à celui-là. Cette présomption, qui se déguise en espérance, semble se rattacher à l'abominable péché de blasphème contre le Saint-Esprit, tout comme le désespoir. Notre-Seigneur lui-même a parlé de ce péché et de l'impossibilité ou du moins de la grande difficulté de lui accorder le pardon dans le douzième chapitre de saint Matthieu, et le troisième chapitre de saint Marc, quand il dit que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera jamais pardonné, ni dans ce monde ni dans l'autre (Mt., 12, 32 ; Mc., 3, 29).

L'homme dont vous parlez appuie son argumentation en citant l'exemple de saint Pierre, mais il devrait réfléchir à ceci : quand saint Pierre renia Notre-Seigneur, il ne le fit pas avec l'espoir d'être ensuite pardonné, ce qui eut été pécher contre l'espérance, non, il fut vaincu par la peur. Il ne gagna du reste pas grand'chose à ce reniement, il ne fit que reculer légèrement ses ennuis comme vous le savez. Il regretta cruellement ce qu'il avait fait et pleura amèrement. Il sortit le jour de la Pentecôte et proclama le nom de son Maître ; peu après, il fut jeté en prison, à cause de cela, et comme il ne cessait d'affirmer sa foi, il fut fouetté, puis incarcéré de nouveau (Act., 2). Libéré, il reprit de plus belle, jusqu'à ce qu'enfin, après bien des vicissitudes, il fut crucifié à Rome et mourut dans de cruelles souffrances (Act., 5).

Je pense pouvoir affirmer que celui qui renie Notre-Seigneur et qui ensuite obtient le pardon n'échappera pas au tourment ici-bas, mais qu'avant d'atteindre le ciel, il devra payer très cher son absolution.

VINCENT : Il pourra peut-être l'obtenir par la pénitence, la prière, des uvres charitables accomplies dans la foi et la charité.

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Jeu 2 Nov 2017 - 18:21

XXIV. DE LA MORT PÉNIBLE QU'IL FAUT SUBIR À CAUSE DE LA PERSÉCUTION DES TURCS

ANTOINE : (...) Ce pardon, vous le faites précéder d'un peut-être. De toute manière, il n'échappera point à la mort, or c'est par crainte de la mort qu'il a renié sa foi.

VINCENT : Mais il peut mourir de sa mort naturelle et échapper à une mort violente et de la sorte il s'épargne une grande souffrance, comme celle qu'entraîne toujours une mort violente.

ANTOINE : Il se peut qu'il n'échappe même pas à une mort violente, car il a sans aucun doute mécontenté Dieu, et Dieu peut le faire mourir d'une autre mort tout aussi cruelle.

Mais je vois bien que dans votre esprit, mourir de mort naturelle, c'est mourir agréablement. Vous me rappelez un homme qui voyageait avec nous dans un bateau. Quand la mer était mauvaise, il se couchait et était ballotté de-ci de-là, car c'était son premier voyage en mer. Le pauvre gémissait et désirait mourir : « Plût à Dieu que je fusse sur terre pour y mourir en paix ». Il était si incommodé par ces vagues qui le soulevaient, le secouaient de haut en bas, le roulaient de droite et de gauche, sans lui laisser aucun répit ; il pensait que ces intolérables malaises l'empêchaient de mourir. Ah ! débarquer et mourir en paix !

VINCENT : La mort est toujours pénible, mon oncle. Mais la mort naturelle l'est moins qu'une mort violente.

ANTOINE : Ma foi, mon neveu, il me semble que la mort qu'on appelle naturelle est bel et bien « violente », car elle vient chercher sa victime de force, et contre son gré. Quand vient la mort, chacun voudrait vivre plus longtemps.

Pourtant, mon cher neveu, je voudrais savoir qui vous a dit que, dans une mort naturelle, la douleur est si légère ! Pour autant que je sache, ceux qui meurent de mort naturelle sont emportés par l'une ou l'autre maladie ; si la douleur qui les cloue au lit pendant une ou deux semaines était concentrée en un seul instant, il me semble qu'elle serait plus atroce encore que celle d'un homme qui meurt de mort violente. Ainsi, celui qui meurt de mort naturelle souffre davantage, mais sa douleur est plus étalée ; bien des gens préfèrent souffrir plus violemment pour en être plus tôt quittes. Et bien des gens couchés pendant de longs mois souffrent autant que celui qui périt d'une mort brutale et est débarrassé de ses souffrances en moins d'une demi-heure. Pensez-vous que la douleur externe causée par un coup de couteau soit plus forte qu'une douleur interne, provenant, par exemple, d'un abcès ? Il y a des gens qui, sur leur lit de douleur, se plaignent de sentir des lames de couteau dans les fibres de leur cur, d'autres crient et pensent avoir mille aiguilles dans la tête, et ceux qui souffrent d'une pleurésie pensent à chaque fois qu'ils toussent, sentir une épée s'enfoncer dans leur flanc.

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Ven 3 Nov 2017 - 17:28

XXV. PEINES ÉTERNELLES DE L'ENFER ET DOULEUR PASSAGÈRE DE LA MORT

Mais à quoi bon cette comparaison entre la mort naturelle et la mort violente ? Cela ne nous aide pas à y voir plus clair dans notre sujet. Sans doute, celui qui renie la foi du Christ, tant il craint une mort violente, risque de trouver sa mort naturelle infiniment plus violente et plus épouvantable car cette mort dite naturelle est inextricablement mêlée à la douleur sans fin qui la suivra ; il n'y aura pas un instant entre l'une et l'autre, la fin de l'une sera le commencement de l'autre, qui ne finira jamais.

Ce n'est pas sans raison que le Christ nous donna l'avertissement que saint Luc rapporte dans son chapitre douzième : « Je vous le dis à vous qui êtes mes amis, ne soyez pas effrayés par ceux qui tuent le corps et ne peuvent pas faire plus, mais je vais vous dire qui vous devez craindre : craignez celui qui après avoir tué a le pouvoir de jeter dans le feu éternel. Aussi je vous le dis, celui-là, craignez-le » (Lc., 12, 4-5). Jésus ne veut pas dire ici que nous ne devons avoir aucune peur des hommes qui ne peuvent que tuer notre corps, mais il veut nous faire comprendre que nous ne devons pas craindre un homme à tel point que nous en arrivions à déplaire à celui qui peut tuer notre corps et aussi notre âme et nous plonger dans la mort éternelle. C'est pour cela qu'il répète à la fin de son propos : « Je vous le dis, c'est lui que vous devez craindre ».

Oh ! mon Dieu, mon neveu, je ne doute pas que si nous voulions peser ces paroles, nous en bien pénétrer, les méditer souvent, nous mépriserions les menaces des Turcs, et nous ne nous en soucierions guère. Nous préférerions endurer toutes les peines que le monde pourrait nous faire supporter pendant le court temps que nous passons sur terre plutôt que, par crainte de ces peines (qui ne sont ni si atroces, ni surtout éternelles), nous jeter dans les tourments de l'enfer mille fois plus intolérables et qui ne finiront jamais. C'est une mort terrible que celle qui dure éternellement, car l'Écriture dit : « Ils appelleront la mort et la mort les fuira » (Ap., 9, 6).

Ô Seigneur, si l'un de ceux-là pouvait maintenant choisir entre l'une et l'autre mort, il souffrirait plutôt pendant toute une année le trépas le plus horrible que tous les Turcs de Turquie pourraient imaginer, plutôt que d'endurer pendant une minute la mort qu'ils subissent à présent. Ceux qui tombent dans cette folie sont des gens sans foi, ou des gens dont la foi est faible. Pour s'épargner une douleur qui ne peut être aussi violente, ni d'aussi longue durée, ils se vont jeter dans des tourments horribles qu'ils savent ne devoir jamais finir.

On ne pense pas assez à cela, mon neveu, on n'y attache pas assez d'importance. Il me semble, sur ma foi, que si nous avions la grâce d'y croire, d'y penser souvent, la crainte de la persécution des Turcs avec tout ce que le démon de midi serait capable d'inventer pour que nous renoncions à notre foi ne serait pas capable de nous faire changer d'avis.

VINCENT : Par ma foi, mon oncle, je crois que vous avez raison. Si nous pensions souvent aux peines de l'enfer (mais nous répugnons tant à le faire, préférant nous réfugier dans des passe-temps puérils pour écarter ces sombres pensées) cela suffirait, semble-t-il, à faire de plusieurs d'entre nous des martyrs. (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Sam 4 Nov 2017 - 16:09

XXVI. LES ENCOURAGEMENTS QU'APPORTE LA MÉDITATION SUR LES JOIES DU CIEL

ANTOINE : En vérité, mon neveu, si nous étions tels que nous devrions être, je serais honteux d'évoquer les tourments de l'enfer pour vous exhorter à garder la foi du Christ. Je vous rappellerais plutôt les joies du ciel. Il est plus plaisant d'essayer de les gagner que de s'efforcer d'échapper aux peines de l'enfer.

Si nous pouvions imaginer les joies merveilleuses du ciel aussi clairement que nous concevons les peines de l'enfer... (quoiqu'à vrai dire nous ne concevions clairement ni les unes ni les autres), disons que si nous pouvions nous faire une idée des unes aussi bien que des autres, nous ne manquerions pas d'être incités à souffrir pour le Christ en ce monde bien plus pour obtenir les joies célestes que pour échapper aux peines infernales. Les plaisirs charnels sont moins plaisants que les douleurs charnelles ne sont pénibles ; aussi nous, faits de chair, sommes-nous noyés dans ces plaisirs des sens et dans le désir que nous en avons, à tel point que nous ne pouvons imaginer aucune joie spirituelle ; nous ne devons pas nous étonner si nos penchants charnels sont plus refrénés par la crainte de l'enfer que nos affections spirituelles ne sont aiguillonnées par le joyeux désir du ciel.

Si nous nous attachions moins aux vilains appétits voluptueux et si, les écartant par des prières et par la grâce de Dieu, nous nous approchions des joies intérieures et spirituelles, nous aurions un avant-goût des délices célestes, et de l'incomparable et indicible félicité que nous goûterons si nous accédons au paradis. Car il est écrit : « Je serai rassasié quand ta gloire, ô Seigneur, apparaîtra » (Ps., 16, 11), c'est-à-dire quand il me sera donné de contempler Dieu face à face, dans toute sa glorieuse majesté. Et le désir, l'espoir que nous en aurons nous encouragera davantage et nous fortifiera dans l'acceptation de la souffrance pour l'amour de Dieu et pour le salut de notre âme plus que nous ne pourrions supporter de souffrance si nous nous bornions à méditer sur les tourments de l'enfer.

Puisque nous ne jouissons pas du privilège de connaître cet avant-goût, faveur que Dieu n'accorde qu'à certains de ses serviteurs, travaillons par la prière à concevoir dans nos curs un si ardent désir de ces joies célestes que nous dédaignerons tout plaisir charnel, toute joie humaine et que nous mépriserons aussi toute torture corporelle. Car c'est bien en retour des exercices spirituels que Dieu récompense au ciel ces âmes qu'il affectionne et que sur la terre il leur donne en acompte un peu de réconfort. Écoutons ce que le Seigneur dit dans la sainte Écriture des merveilleuses jouissances du ciel : « Les justes brilleront comme le soleil et seront environnés d'étoiles » (Dan., 12, 3). (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Dim 5 Nov 2017 - 16:58

XXVI. LES ENCOURAGEMENTS QU'APPORTE LA MÉDITATION SUR LES JOIES DU CIEL

ANTOINE : (...) Maintenant parlez de ce genre de satisfaction à un homme qui a l'esprit porté vers la chair, il le goûtera peu, il vous dira qu'il se soucie peu de briller comme une étoile au firmament. Dites-lui que son corps sera glorieux, impassible et incorruptible et qu'il ne pourra plus souffrir, il pensera qu'il n'aura plus ni faim ni soif et qu'il lui manquera aussi le plaisir de manger et de boire, qu'il n'éprouvera plus l'envie de dormir et que par conséquent il lui manquera aussi le plaisir auquel il était accoutumé quand il était au lit. Dites-lui qu'hommes et femmes vivront là-haut comme des anges, sans aucune pensée pour l'acte de chair, et il pensera qu'il n'y pourra plus se livrer à ses passions dégoûtantes et voluptueuses. Il vous dira qu'il est aussi bien ici et qu'il ne voudrait pas donner ce monde-ci pour l'autre. Car, comme le dit saint Paul : « L'homme charnel ne sent pas les choses qui viennent de l'Esprit de Dieu, et pour lui c'est folie » (1 Cor., 2, 14).

Mais le temps viendra où ces immondes plaisirs lui seront arrachés et il sera dégoûté d'y avoir jamais songé. Ainsi, lorsque nous sommes malades, nous ne pouvons même pas voir la nourriture et nous ne pouvons penser sans dégoût au plaisir de la chair. Quand, après cette vie, cet homme sentira en son cur ce dégoût des plaisirs voluptueux qu'il ne voulait pas, ici-bas, changer pour les joies du ciel, quand il aura en horreur tous ces plaisirs charnels, et pourra se faire une idée (quoique très vague) des célestes délices auxquelles sur terre il attachait si peu de prix, ô mon Dieu, comme volontiers il donnerait le monde entier, s'il le possédait, pour avoir part à ces joies, ne fût-ce que d'une manière infime !

Nous qui ne pouvons nous faire une idée de ces satisfactions paradisiaques, nous devons lire, écouter, répéter dans nos prières, méditer ces mots joyeux de l'Écriture, qui nous en apprennent les merveilles. Nos curs de chair ne s'émeuvent guère pour elles et nos esprits sont incapables de nous en présenter même une ombre. Je dis bien une ombre car se figurer la chose elle-même est impossible à toute imagination charnelle et même peut-être à toute personne très sainte et très portée aux exercices spirituels. Toute joie céleste consiste essentiellement en la contemplation de Dieu face à face et personne ne peut espérer y atteindre en cette vie. Car, Dieu l'a dit lui-même : « Aucun homme ne peut me voir et rester en vie » (Ex., 33, 20). Ainsi, nous sommes assurés d'être privés de la félicité céleste pendant toute la durée de cette vie, et aussi nous savons que l'homme le plus saint, je parle d'un homme qui n'est rien de plus qu'un homme, ne peut s'imaginer ce que c'est ; les plus vertueux sont aussi incapables de s'en faire une idée qu'un aveugle de naissance est incapable de concevoir les couleurs. (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Lun 6 Nov 2017 - 17:19

XXVI. LES ENCOURAGEMENTS QU'APPORTE LA MÉDITATION SUR LES JOIES DU CIEL

ANTOINE : (...) Les paroles que saint Paul rapporte d'Isaïe prophétisant l'Incarnation du Christ, peuvent s'appliquer aux joies du ciel : « L'il n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, et dans le cur de l'homme n'est pas monté tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1 Cor., 2, 9 ; Is., 64, 3).

Car sur terre les joies du ciel sont inaccessibles à notre langage, à notre ouïe, à nos curs, elles dépassent toutes celles dont nous avons entendu parler, tout ce que nous pouvons imaginer.

Et pourtant, quels que soient les ravissements préparés au ciel pour toute âme sauvée, Notre-Seigneur dit par la bouche de saint Jean, qu'aux saints martyrs qui souffrent pour lui, il réserve des joies encore plus exquises. Car il dit : « À celui qui vaincra, je donnerai à manger de l'arbre de la vie, et il sera vêtu de blanc, et je confesserai son nom devant mon Père et devant les anges » (Ap., 2, 7 et 3, 5). Il dit aussi : « Ne craignez point ces choses qui vous font souffrir... mais soyez fidèles jusqu'à la mort et je vous donnerai la couronne de vie. Celui qui vaincra ne sera pas frappé par une seconde mort » (Ap., 2, 10). Et il dit aussi : « À celui qui vaincra, je donnerai la manne secrète et cachée ; je lui ferai don d'un caillou blanc, et sur ce caillou un nouveau nom sera écrit que personne ne connaîtra hormis celui qui le reçoit » (Ap., 2, 17). Dans l'ancienne Grèce, où saint Jean écrivit, on accédait aux fonctions honorables par des élections ; l'assentiment de chacun était appelé suffrage ; à certains endroits cela se faisait oralement, à d'autres, à main levée. En latin, cette sorte de suffrage était appelée calculi, parce qu'on votait avec des cailloux ronds. Notre-Seigneur dit donc qu'à celui qui aura vaincu, il donnera un caillou blanc, car les blancs signifiaient l'approbation.

Il dit aussi : « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu et il n'en sortira plus et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel, de chez mon Dieu, et j'écrirai sur lui mon nouveau nom » (Ap., 3, 12). Si nous voulions nous étendre sur ce thème, si nous pouvions comprendre ces dons spéciaux qui sont décrits dans les deuxième et troisième chapitres de l'Apocalypse, alors il apparaîtrait combien ces célestes extases dépasseront toutes les imaginations d'ici-bas. (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Mar 7 Nov 2017 - 14:41

XXVI. LES ENCOURAGEMENTS QU'APPORTE LA MÉDITATION SUR LES JOIES DU CIEL

ANTOINE : (...)Le bienheureux apôtre saint Paul, qui souffrit tant de périls et tant de haines, dit de lui-même : « J'ai travaillé et je fus emprisonné plus que les autres, j'ai reçu le fouet un nombre incalculable de fois, je fus souvent à la mort, j'ai cinq fois reçu des juifs les trente-neuf coups de fouet, je fus trois fois battu de verges, une fois lapidé, trois fois j'ai fait naufrage et j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme de la mer ; dans mes voyages je fus souvent exposé aux risques des rivières, aux dangers des voleurs, aux dangers des Juifs et à ceux des païens, aux périls des villes, du désert, de la mer, aux dangers des faux frères ; je connus le travail et la misère, les nuits sans sommeil, la faim, la soif, et les jeûnes répétés, le froid et la nudité ; et en plus de toutes ces souffrances qui ne sont qu'extérieures, j'avais mon travail quotidien, je veux parler de ma sollicitude pour les églises » (2 Cor., 11, 23-28).

Il en dit encore plus sur ses épreuves mais j'en passe. Ce bienheureux apôtre, dis-je, malgré toutes les misères dont il eut à souffrir pendant tant d'années, déclare que les épreuves que nous subissons dans ce monde sont légères et brèves comme l'instant en regard de la gloire qu'elles nous gagnent dans l'autre monde :

« Ces épreuves momentanées que nous subissons préparent en nous la grande gloire, la gloire sans limite ; ne nous attachons pas à ce que nous voyons mais à l'invisible et à l'éternel »(2 Cor., 4, 17-18).

Disons-nous bien que nous ne pouvons aspirer à cette glorieuse couronne si nous n'avons pas de tête pour la recevoir. Notre tête, c'est le Christ (1 Col., 18). C'est à lui que nous devons être unis et, comme ses membres, nous devons le suivre, si nous voulons parvenir au ciel. C'est lui qui nous y guide.

Il y est entré avant nous et ceux qui veulent y pénétrer après lui doivent suivre le même chemin que lui. Et quel chemin suivit-il pour aller au ciel ? Il l'a montré lui-même quand il dit aux disciples d'Emmaüs :

« Ne saviez-vous pas que le Christ devait souffrir la Passion et par ce chemin entrer dans le royaume ? » (Lc., 24, 26). Qui pourrait sans honte désirer entrer à l'aise dans le royaume du Christ alors que lui-même n'y est pas entré sans peine ? (...)

Source : livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Mer 8 Nov 2017 - 16:33

XXVII. MÉDITATION SUR LA MORT DU CHRIST

Mon cher neveu, je vous l'ai déjà dit, l'exemple de Notre-Seigneur devrait suffire à nous faire supporter non seulement la perte de nos biens matériels, la détention, l'emprisonnement : il devrait nous faire supporter joyeusement les opprobres des hommes, mais de plus il devrait encourager tout chrétien, homme ou femme, à ne refuser pour lui aucune douleur.

C'est vrai aussi en ce qui concerne une mort pénible. Si nous concevions dans nos esprits l'image de la Passion terrible de Jésus-Christ, des coups sanglants que lui portèrent ses bourreaux avec des verges, avec des fouets, de toutes parts sur son tendre corps ! Pensons à cette couronne d'épines posée en dérision sur sa tête auguste et de façon si cruelle qu'elle fit jaillir le sang sur son visage, à ses beaux membres écartelés sur la croix, à la douleur intolérable des veines et des nerfs qui se renouvelait à chaque effort, aux longs clous enfoncés à coups de marteau à travers ses mains et ses pieds, à son corps pesant sur les blessures ouvertes par les clous !

Il fut ainsi tourmenté sans pitié, entouré de haine pendant trois longues heures, jusqu'à ce qu'il remît son âme entre les mains de son Père. Alors, pour montrer l'étendue de leur méchanceté, quand son âme fut sortie de son corps, ils lui percèrent le cur d'une lance, et, de la blessure coula le saint sang avec de l'eau, d'où il résulte que ses saints sacrements ont force inestimable et secrète. Si nous pouvions nous souvenir de ces choses comme Dieu le désire, la considération de son incomparable douceur ne manquerait pas d'enflammer nos curs glacés, elle les embraserait d'amour, et nous serions non seulement dociles mais aussi tout animés d'un joyeux désir de subir la mort par amour pour celui qui montra pour nous tant d'amour.

Plût à Dieu que, dans la honte de notre froideur, en réponse à l'ardent amour, à l'inépuisable bonté de Dieu envers nous, plût à Dieu, dis-je... Mais voyez quelle passion les amants charnels portent chaque jour aux créatures qu'ils adorent ! Combien n'ont pas hésité à risquer leur vie, combien l'ont perdue sans qu'on leur en ait témoigné beaucoup de gratitude ; du reste ils ne devaient guère en attendre. Mais cela satisfaisait leur esprit de penser que par leur mort ils prouveraient la fidélité de leur amour. Le plaisir qu'ils en retiraient ne faisait pas que diminuer leur peine, il la supprimait totalement.

Nous voyons de telles passions aux effets aussi étonnamment douloureux éclater non seulement dans les récits, mais aussi nous savons qu'il en existe, en réalité, en pays païen comme en pays chrétien. Alors n'est-il pas honteux pour nous de renier Notre-Seigneur par peur de la mort temporelle alors que lui souffrit si cruellement pour nous ? Pensez qu'il récompensera notre souffrance par l'éternelle félicité. (...)
Source : livres-mystiques.com

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Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More - Page 17 Empty Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Message  ami de la Miséricorde le Jeu 9 Nov 2017 - 17:36

XXVII. MÉDITATION SUR LA MORT DU CHRIST

ANTOINE : (...) Oh ! si celui qui meurt pour sa bien-aimée sans en attendre aucune récompense, et qui, par sa mort, se sépare d'elle à jamais, s'il pouvait être sûr de revenir près d'elle et d'y demeurer dans un bonheur éternel, hésiterait-il, celui-là, à mourir deux fois ? Que nos sentiments envers Dieu sont froids si, plutôt que de mourir pour lui, nous le renions, lui qui mourut pour nous, lui qui nous a promis que si nous acceptions de mourir pour lui nous régnerions éternellement avec lui. Car, dit saint Paul : « Si nous souffrons avec lui, nous règnerons avec lui » (2 Tim., 2, 12).

Combien de Romains, combien de nobles curs de divers pays ont volontiers donné leur vie et souffert diverses peines mortelles pour leur patrie afin de gagner par leur mort la seule récompense de la gloire ! Allons-nous refuser de souffrir autant pour un éternel honneur, pour la gloire éternelle en paradis ?

Le démon a, lui aussi, quelques hérétiques si obstinés qu'ils endurent volontairement une mort pénible pour une vaine gloire. N'est-il pas dès lors plus que honteux que le Christ voie ses catholiques renier sa foi plutôt que de se montrer capables eux aussi de souffrir, eux, pour le ciel et pour la vraie gloire ?

Plût à Dieu comme je l'ai déjà dit souvent, que le souvenir de la bonté du Christ, qui souffrit sa Passion pour nous, que la pensée de l'enfer, où nous serons précipités si nous le renions, que la joyeuse pensée de la vie éternelle que nous obtiendrons si nous acceptons cette mort temporelle avec patience, pour l'amour de lui, plût à Dieu que ces sentiments fussent enracinés dans nos coeurs aussi profondément qu'ils le devraient, et comme ils le seront si nous luttons à cette fin, si nous nous y appliquons, si nous prions.

Alors nos pensées prendront une autre direction, et comme il arrive qu'un homme, blessé dans un combat, ne sente pas sa blessure et n'en soit pas conscient, (parfois même c'est quelqu'un d'autre qui le prévient) ainsi, l'esprit ravi par ces pensées (la mort du Christ, le ciel, l'enfer) nous ne sentirions presque plus notre souffrance.

Car je puis assurer ceci : si nous avions pour le Christ la centième partie de l'amour qu'il a eu et qu'il a toujours pour nous, toutes les persécutions des Turcs ne nous éloigneraient pas de lui, mais il y aurait ici, en Hongrie, autant de martyrs qu'il y en eut dans d'autres pays. (...)

Source : livres-mystiques.com

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