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La Mère du Sauveur et notre vie intérieure par Fr. Garrigou

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Message  ami de la Miséricorde le Dim 14 Juin 2020 - 0:57

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

L'accélération de ce progrès en la Sainte Vierge


C'est pourquoi la trajectoire du mouvement spirituel de l'âme des saints s'élève jusqu'au zénith et ne descend plus ; il n'y a pas pour eux de crépuscule ; c'est seulement le corps et les facultés sensibles, qui, avec la vieillesse, s'affaiblissent. Dans la vie des saints, le progrès de l'amour est même, c'est manifeste, beaucoup plus rapide, pendant leurs dernières années, que pendant les premières. Ils marchent spirituellement, non pas d'un pas égal, mais d'un pas plus pressé, malgré l'appesantissement de la vieillesse; et « leur jeunesse spirituelle se renouvelle comme celle de l'aigle » (Ps. CII, 5).

Ce progrès toujours plus rapide exista surtout dans la vie de la Très Sainte Vierge sur la terre, car, en elle, il ne rencontrait aucun obstacle, aucun arrêt ou ralentisse­ment, aucun attardement aux choses terrestres ou à elle-même. Et ce progrès spirituel en Marie était d'autant plus intense que la vitesse initiale ou la grâce première avait été plus grande. Il y eut ainsi en Marie (surtout si, comme il est probable, par la science infuse, elle garda l'usage de la liberté et le mérite pendant le sommeil) une accélération merveilleuse de l'amour de Dieu, accéléra­tion dont celle de la gravitation des corps est une image fort lointaine.

La physique moderne enseigne que si la vitesse de la chute d'un corps à la première seconde est de vingt, à la deuxième elle est de quarante, à la troisième de soixante, à la quatrième de quatre-vingts, à la cinquième de cent. C'est le mouvement uniformément accéléré, symbole du progrès spirituel de la charité dans une âme que rien ne retarde, et qui se porte d'autant plus vite vers Dieu que, se rapprochant de Lui, elle est plus attirée par Lui. Ainsi en cette âme, chaque communion spirituelle ou sacra­mentelle est normalement plus fervente d'une ferveur de volonté que la précédente, et donc plus fructueuse.

Par opposition, le mouvement d'une pierre lancée en l'air verticalement, étant uniformément retardé jusqu'à ce qu'elle retombe, symbolise le progrès d'une âme tiède, surtout si par une attache progressive au péché véniel, ses communions sont de moins en moins ferventes ou faites avec une dévotion substantielle de volonté qui diminue de jour en jour.

Ces principes nous montrent ce qu'a dû être le progrès spirituel en Marie, depuis l'instant de l'Immaculée Conception, surtout si elle a eu, comme il est probable, l'u­sage ininterrompu du libre arbitre dès le sein mater­ne.

Comme il paraît certain par ailleurs que la plé­nitude initiale de grâce en elle dépassait déjà la grâce finale de tous les saints réunis, l'accélération de cette marche ascendante vers Dieu dépasse tout ce que nous pouvons dire. Rien ne la retardait, ni les suites du péché originel, ni aucun péché véniel, aucune négligence ou distraction, ni aucune imperfection, puisqu'elle ne fut jamais moins prompte à suivre une inspiration donnée par manière de conseil. Telle une âme qui, après avoir fait le vœu du plus parfait, y serait pleinement fidèle.

Sainte Anne devait être frappée de la perfection singu­lière de sa sainte enfant ; mais elle ne pouvait cependant pas soupçonner qu'elle était l'Immaculée Conception, ni qu'elle était appelée à être la Mère de Dieu. Sa fille était incomparablement plus aimée de Dieu que sainte Anne ne le pensait.

Toute proportion gardée, chaque juste est beaucoup plus aimé de Dieu qu'il ne le pense ; pour le savoir, il faudrait connaître pleinement le prix de la grâce sanctifiante, germe de la gloire, et pour connaître tout le prix de ce germe spirituel, il faudrait avoir joui, un instant de la béatitude céleste, tout comme pour con­naitre le prix du germe contenu dans un gland il faut ­avoir contemplé un chêne pleinement développé qui nor­malement provient de ce germe si petit. Les grandes cho­ses sont souvent contenues dans une semence presque imperceptible comme le grain de sénevé, tel un fleuve immense qui provient d'un faible ruisseau.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Dim 14 Juin 2020 - 15:51

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

Le progrès spirituel en Marie par le mérite et la prière


La charité devait donc incessamment grandir en la Sainte Vierge conformément au précepte suprême de l'a­mour. Mais comment, par quels moyens a-t-elle augmenté ? - Par le mérite, la prière et une communion spirituelle à Dieu spirituellement présent dans l'âme de Marie dès le début de son existence.

Il faut rappeler d'abord que la charité n'augmente pas précisément en extension, car, à son degré infime, elle aime déjà Dieu par-dessus tout d'un amour d'estime, et le prochain comme nous-même, sans exclure personne, quoique ensuite le dévouement s'étende progressivement.

C'est surtout en intensité que la charité grandit, en s'en­racinant de plus en plus dans notre volonté, ou, pour par­ler sans métaphore, en déterminant davantage l'inclina­tion de celle-ci à s'éloigner de ce qui est mal et aussi de ce qui est moins bon, et à se porter généreusement vers Dieu.

C'est un accroissement d'ordre, non pas quantitatif, comme celui d'une pile de blé, mais qualitatif, comme lorsque la chaleur devient plus intense, ou lorsque la science, sans s'étendre à des conclusions nouvelles, de­vient plus pénétrante, plus profonde, plus unifiée, plus certaine.

Ainsi la charité tend à aimer plus parfaitement, plus purement ef plus fortement Dieu par-dessus tout et le prochain et nous-même pour que tous nous glorifiions Dieu dans le temps et l'éternité.

L'objet formel et le motif formel de la charité, comme celui des autres vertus, est ainsi mis de plus en plus en relief au-dessus de tout motif secondaire ou accessoire auquel on s'arrêtait trop tout d'abord.

Au début, on aime Dieu à cause de ses bien­faits reçus et espérés et pas assez pour lui-même, ensuite on considère davantage que le bienfaiteur est bien meil­leur en lui-même que tous les biens qui dérivent de lui, et qu'il merite d'être aimé pour lui-même à cause de son infinie bonté.

La charité augmente donc en nous comme une qualité, comme la chaleur qui devient plus intense, et cela de plu­sieurs manières, par le mérite, la prière, les sacrements. A plus forte raison en fut-il de même en Marie et sans aucune imperfection.

L'acte méritoire, qui procède de la charité ou d'une vertu inspirée par elle, donne droit à une récompense surnaturelle et tout d'abord à une augmentation de la grâce habituelle et de la charité elle-même. Les actes méritoires ne produisent pas par eux-mêmes directement l'augmentation de la charité, car elle n'est pas une vertu acquise produite et augmentée par la répétition des actes, mais une vertu infuse.

Comme Dieu seul peut la pro­duire, puisqu'elle est une participation de sa vie intime, lui seul aussi peut l'augmenter. C'est pourquoi saint Paul dit (I Cor., III, 6, 9) : « Moi j'ai planté (par la prédication et le baptême), Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. » II Cor., IX, 10 : « II fera croître de plus en plus les fruits de votre justice. »

Si nos actes de charité ne peuvent produire l'augmen­tation de cette vertu infuse, ils concourent à cette aug­mentation de deux manières : moralement, en la méri­tant; et physiquement dans l'ordre spirituel, en nous dis­posant à la recevoir.

L'âme, par ses mérites, a droit à recevoir cet accroissement qui lui fera aimer son Dieu plus purement et plus fortement, et elle se dispose à rece­voir cet accroissement, en ce sens que les actes méritoires creusent en quelque sorte nos facultés supérieures, les dilatent, pour que la vie divine puisse les mieux péné­trer, et ils les élèvent en les purifiant.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Lun 15 Juin 2020 - 14:59

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

Le progrès spirituel en Marie par le mérite et la prière


Mais, en nous, il arrive souvent que les actes méritoi­res restent imparfaits, remissi, disent les théologiens, rémittents, comme on dit chaleur rémittente, ferveur rémittente, c'est-à-dire inférieurs au degré où la vertu de charité est en nous.

En ayant une charité de trois talents, il nous arrive souvent d'agir comme si nous rien avions que deux, comme un homme assez intelligent, qui par négligence n'appliquerait que très faiblement son intelligence. Ces actes de charité imparfaits ou rémittents sont encore méritoires, mais, selon saint Thomas et les anciens théologiens, ils n'obtiennent pas aussitôt l'aug­mentation de charité qu'ils méritent, parce qu'ils ne disposent pas encore à la recevoir[143]. Celui qui, ayant une charité de trois talents, opère seulement comme s'il n'en avait que deux, ne se dispose, pas à recevoir aussitôt une augmentation de cette vertu jusqu'à quatre talents. Il ne l'obtiendra que lorsqu'il fera un acte plus généreux ou plus intense de cette vertu ou des autres vertus inspirées ou impérées par la charité.

Ces principes éclairent beaucoup ce qu'a été en Marie le progrès spirituel par ses propres mérites. En elle, il n`y a jamais eu d'acte méritoire imparfait ou rémittent ; c'eût été une imperfection morale, une moindre généro­sité au service de Dieu, et les théologiens, nous l'avons vu, s'accordent à nier en elle cette imperfection. Ses mérites obtenaient donc aussitôt l'augmentation de charité méritée.

De plus, pour mieux voir le prix de cette générosité, il faut se rappeler, comme on l'enseigne communémen, que Dieu est plus glorifié par un seul acte de charité de six talents que par dix actes de charité d'un seul talent.

De même, un seul juste très parfait plait plus à Dieu que beaucoup d'autres réunis, qui restent dans la médiocrité ou une tiédeur relative. La qualité l'emporte sur la quantité, surtout en ce domaine spirituel.

Les mérites de Marie étaient donc toujours plus par­faits ; son cœur très pur se dilatait pour ainsi dire de plus en plus et sa capacité divine s'agrandissait, selon la parole du Psaume CXVIII, 32 : « J'ai couru dans la voie de vos commandements, Seigneur, lorsque vous avez dilaté mon cœur. »

Tandis que nous oublions souvent que nous sommes en voyage vers l'éternité, et que nous cherchons à nous installer dans la vie présente comme si elle devait tou­jours durer, Marie ne cessait d'avoir les yeux fixés sur la fin ultime du voyage, sur Dieu même, et elle ne per­dait pas une minute du temps qui lui était donné. Cha­cun des instants de sa vie terrestre entrait ainsi, par les mérites accumulés et toujours plus parfaits, dans l'uni­que instant de l'immobile éternité. Elle voyait les moments de sa vie non pas seulement sur la ligne horizon­tale du temps par rapport à l'avenir terrestre, mais sur la ligne verticale qui les rattache tous à l'instant éternel qui ne passe pas.

Il faut remarquer en outre que, comme l'enseigne saint Thomas, il n'y a pas dans la réalité concrète de la vie d'acte délibéré indifférent ; si tel acte est indifférent (c'est­-à-dire ni moralement bon ni moralement mauvais) par son objet, comme aller se promener ou enseigner les mathématiques, ce même acte est soit moralement bon, soit moralement mauvais par la fin pour laquelle on le pose, car un être raisonnable doit toujours agir pour un motif raisonnable, pour une fin honnête, et non pas seulement délectable ou utile. Il s'ensuit que dans une personne en état de grâce, tout acte délibéré qui n'est pas mauvais, qui n'est pas un péché, est bon; il est par suite virtuellement ordonné à Dieu, fin dernière du juste, et il est donc méritoire. « In habentibus caritatem omnis actus est meritorius vel demeritorius. »

Il résulte de là qu'en Marie tous ses actes délibérés étaient bons et méritoires, et, dans l'état de veille, il n'y a pas eu en elle d'acte indélibéré ou purement machinal, qui se serait pro­duit indépendamment de la direction de l'intelligence et de l'influence de sa volonté vivifiée par la charité.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Mar 16 Juin 2020 - 15:48

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

Le progrès spirituel en Marie par le mérite et la prière


C'est à la lumière de ces principes certains qu'il faut considérer surtout les moments principaux de la vie ter­restre de Marie, et, puisque nous parlons ici de ceux qui ont précédé l'Incarnation du Verbe, pensons à sa présen­tation au temple, lorsqu'elle était encore toute enfant, et aux actes qu'elle fit en y assistant aux grandes fêtes où on lisait les prophéties messianiques, notamment celles d'Isaïe, qui augmentaient sa foi, son espérance, son amour de Dieu et l'attente du Messie promis.

A quel degré pénétrait-elle déjà ces paroles du prophète (Isaie, IX, 5) sur le Sauveur à venir : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'empire a été posé sur ses épau­les, et on lui donne pour nom : Conseiller admirable, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. » La foi vive de Marie enfant, déjà si élevée, devait saisir cette parole, « Dieu fort », mieux qu'Isaie lui-même ne l'avait enten­due.

Elle pénétrait déjà cette vérité que, dans cet enfant, résidera la plénitude des forces divines, et que le Messie sera un roi éternel, qui ne meurt pas et qui sera toujours le père de son peuple.

La vie de la grâce ne s'accroît pas seulement par le mérite, mais aussi par la prière qui a une force impé­tratoire distincte. C'est ainsi que nous demandons tous les jours de grandir dans l'amour de Dieu en disant « Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanc­tifié, que votre règne arrive (de plus en plus en nous), que votre volonté soit faite (que vos préceptes soient obser­vés par nous de mieux en mieux.. » L'Eglise nous fait dire aussi à la messe : « Da nobis, Domine, fidei, spei et caritatis augmentum. » Augmentez, Seigneur, notre foi, notre espérance et notre charité (XIIIe Dim. après la Pentecôte).

Après la justification, le juste peut donc obtenir l'ac­croissement de la vie de la grâce, et par le mérite, qui a rapport à la justice divine, comme un droit à une récom­pense, et par la prière, qui s'adresse à l'infinie Miséri­corde.

Et la prière est d'autant plus efficace qu'elle est plus humble, plus confiante, plus persévérante et qu'elle demande d'abord, non pas les biens temporels, mais augmentation des vertus, selon la parole : « Cherchez d'a­bord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Ainsi le juste, par une prière fervente, qui est à la fois impétratoire et méritoire, obtient souvent aussitôt plus qu'il ne mérite, c'est-à-dire non seu­lement l'augmentation de charité méritée, mais celle qui s'obtient spécialement par la force impétratoire de la prière distincte du mérite.

Dans le silence de la nuit, une oraison fervente, qui est en même temps une prière de demande et un mérite, obtient souvent aussitôt une très notable augmentation de charité, qui fait parfois expérimenter que Dieu est immensément bon ; il y a la une communion spirituelle qui a une saveur de vie éternelle.

Or la prière de Marie, dès son enfance, était non seule­ment très méritoire, mais elle avait une force impétra­toire que nous ne saurions apprécier ; car elle était pro­portionnée à son humilité, à sa confiance, à la persévé­rance de sa générosité non interrompue et toujours en progrès. Elle obtenait ainsi constamment, d'après ces principes très certains, un amour de Dieu toujours plus pur et plus fort.

Elle obtenait aussi les grâces actuelles efficaces, qui ne sauraient être méritées, au moins d'un mérite de condi­gnité, comme celle qui porte à de nouveaux actes méri­toires, et comme l'inspiration spéciale, qui est le prin­cipe, par les dons, de la contemplation infuse.

C'est ce qui arrivait lorsque Marie disait, en priant, ces paroles du livre de la Sagesse, VII, 7 : « J'ai invoqué le Seigneur, et l'esprit de sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée aux sceptres et aux couronnes, et j'ai estimé de nul prix les richesses auprès d'elle. Tout l'or du monde n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle, ne vaut pas plus que de la boue. »

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Mer 17 Juin 2020 - 14:33

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

Le progrès spirituel en Marie par le mérite et la prière


Le Seigneur venait ainsi la nourrir spirituellement, de lui-même et se donnait chaque jour plus intimement à elle, en la portant à se donner plus parfaitement à lui.

Mieux que personne après Jésus, elle a dit cette parole du Psaume XXVII, 4 : « Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini : Je demande au Seigneur une chose et je la désire ardemment : c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie et de jouir de sa bonté. » Chaque jour, elle voyait mieux que Dieu est infiniment bon pour ceux qui le cherchent et plus encore pour ceux qui le trouvent.

Avant l'institution de l'Eucharistie et même avant l'Incarnation, il y eut ainsi en Marie la communion spi­rituelle, qui est l'oraison très simple et très intime de l'âme arrivée à la vie unitive où elle jouit de Dieu présent en elle comme en un temple spirituel : « Gustate et videte quoniam suavis est Dominus : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux » (Ps. XXXIII, 9).

S'il est dit dans le Psaume XLI, 2 : « Comme le cerf soupire après les eaux vives, ainsi mon âme soupire après toi, ô mon Dieu. Mon âme a soif du Dieu vivant », que dut être cette soif spirituelle en la Sainte Vierge, depuis l'instant de sa conception immaculée jusqu'à celui de l'Incarnation.

Ce progrès de la charité, dit saint Thomas, ne lui a pas fait mériter l'Incarnation, qui est le principe de tous les mérites depuis le péché d'Adam, mais il lui a fait mériter peu à peu (par la première grâce qui provenait des mérites futurs de son Fils) le degré éminent de cha­rité d'humilité et de pureté qui, au jour de l'Annoncia­tion, a fait d'elle la digne Mère du Sauveur.

Elle n'a pas mérité non plus la maternité divine, elle aurait ainsi mérité l'Incarnation elle-même; mais elle a mérité le degré de sainteté et de charité qui était la dis­position prochaine à la maternité divine. Or si la dispo­sition éloignée, qui était la plénitude intiale de grâce, dépassait déjà la grâce finale de tous les saints réunis, que penser de la perfection de cette disposition pro­chaine !

Les années vécues par Marie au temple ont activé en elle le développement de « la grâce des vertus et des dons » en des proportions dont nous ne pouvons nous faire une idée, selon une progression et une accélération qui dépasse de beaucoup celle des âmes les plus géné­reuses et des plus grands saints.

Sans doute on pourrait exagérer en attribuant à la Sainte Vierge une perfection qui n'appartient qu'à son Fils, mais, en restant dans sa ligne à elle, nous ne saurons nous faire une idée de l'élévation du point de départ de son progrès spirituel, et encore moins de l'élévation du point d'arrivée.

Ce que nous venons de dire nous prépare cependant à saisir dans une mesure ce que dut être l'augmentation considérable de grâce et de charité qui se produisit en elle au moment même de l'Incarnation.

NOTE - Quand, dans notre vie, les actes de charité moins fervents ou rémittents obtiennent-ils l'augmentation de charité qui leur est due ?

Selon saint Thomas tout acte de charité du viator est mé­ritoire, mérite une augmentation de cette vertu, et dispose au moins de façon éloignée à la recevoir ; mais il, n'y dispose de fa­çon prochaine que s'il est fervent, c'est-à-dire au moins égal en intensité au degré de la vertu infuse dont il procède.

Donc seuls les actes fervents obtiennent aussitôt l'augmentation de charité qu'ils méritent.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Jeu 18 Juin 2020 - 15:48

CHAPITRE III

Article I - LE PROGRÈS SPIRITUEL EN MARIE JUSQU'A L'ANNONCIATION

Quand les actes moins fervents l'obtiennent-ils?


On pourrait penser que c'est dès qu'un acte méritoire fervent se produit. Cependant il y a une difficulté, car celui-ci obtient certainement l'augmentation qui lui est due et à laquelle il dispose prochainement, mais il n'est pas sûr qu'il obtienne en même temps l'arriéré, c'est-à-dire l'augmentation due aux actes méritoires moins fervents, qui ont précédé.

Cet arriéré peut être obtenu alors par des actes de charité fer­vents qui ne sont pas seulement méritoires, mais qui disposent à recevoir déjà dans la vie présente, non seulement ce qu'ils méritent eux-mêmes, mais plus qu'on ne mérite.

C'est le cas de l'acte de charité fervent par lequel on se dispose à une bonne communion ; celle-ci peut produire ex opere operato une augmentation de charité correspondante à la disposition fervente actuelle et à l'arriéré.

Cela doit être fréquent chez de bons prêtres et de bons chré­tiens, notamment à la communion plus fervente qu'ils font cer­tains jours de grande fête ou du 1er vendredi du mois.

A plus forte raison cela doit se réaliser quand, avec une très bonne disposition, on reçoit la communion en viatique ou par l'ex­trême-onction, qui, écartant les restes du péché (reliquiae peccati) produit une augmentation de charité (non méritée) propor­tionnée à la ferveur avec laquelle on la reçoit elle peut alors pro­duire aussi l'arriéré mérité, mais non encore obtenu.

Cela peut se faire encore lorsque le « viator » fait une fervente prière par laquelle il demande l'augmentation de la charité ; car cette prière est à la fois méritoire, comme inspirée par la charité, et impétratoire, à ce second titre elle obtient plus qu'elle ne mé­rite et elle peut disposer prochainement à recevoir l'arriéré déjà mérité, mais non obtenu.

Enfin il reste probable que l'âme, qui n'aurait pas profité pen­dant cette vie de ce que nous venons de dire, se dispose prochai­nement par les actes fervents du purgatoire, actes qui ne sont plus méritoires, à recevoir l'arriéré mérité, mais non obtenu.

Il est certain que ces âmes du purgatoire, au fur et à mesure que la purification avance, font des actes (non méritoires) de plus en plus fervents, qui atteignent au moins le degré d'intensité de la vertu infuse dont ils procèdent.

Ces actes ne méritent pas une augmentation de cette vertu, mais il est probable qu'ils peuvent disposer actuellement à recevoir l'arriéré déjà mérité in via et non encore obtenu.

Ainsi une âme entrée au purgatoire avec une cha­rité de cinq talents, pourrait en sortir avec une charité de sept, le degré de gloire correspondrait toujours au degré de ses mérites.

Et si cela est vrai, cela paraît vrai surtout du tout dernier acte par lequel l'âme se dispose (in genere causae materialis), à rece­voir la lumière de gloire, acte qui procède (in genre causae efficientis et formalis) sous cette lumière à l'instant précis où elle est infusée, comme le dernier acte qui dispose immédiatement à la justification, procède de la charité au moment précis où elle est infusée.

Ainsi l'arriéré serait obtenu au moins au dernier moment à l'instant de l'entrée dans la gloire.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Ven 19 Juin 2020 - 16:20

CHAPITRE III

Article II
- L'AUGMENTATION CONSIDÉRABLE DE LA GRACE EN MARIE
A L'INSTANT DE L'INCARNATION

Le jour de l'Annonciation marque un très grand progrès de la grâce et de la charité en l'âme de Marie.

Convenance de l'Annonciation


Comme l'explique saint Thomas, il convenait que l'annonce du mystère de l'Incarnation fût faite à la Sainte Vierge, pour qu'elle en fût instruite et pût y don­ner son consentement. Par là elle concevait spirituelle­ment le Verbe fait chair, disent les Pères, avant de le con­cevoir corporellement. Elle a donné, ajoute saint Tho­mas, ce consentement surnaturel et méritoire au nom de toute l'humanité, qui avait besoin d'être régénérée par le Sauveur promis.

Il convenait aussi que l'Annonciation fût faite par un ange, comme par un ambassadeur du Très-Haut. Un ange rebelle avait été cause de la perdition ou de la chute, un ange saint et le plus élevé des archanges annoncent la rédemption.

Il convenait encore que Marie fût ins­truite du mystère qui allait s'accomplir en elle avant saint Joseph, car elle lui était supérieure par sa prédestina­tion à la maternité divine. Enfin il convenait que l'An­nonciation se fît par une vision corporelle accompagnée d'une illumination intellectuelle, car la vision corporelle, à l'état de veille, est plus sûre que la vision imaginaire qui se fait parfois en songe, comme celle dont fut favo­risé saint Joseph, et l'illumination surnaturelle de l'in­telligence montrait infailliblement le sens des paroles dites. La joie avec la sécurité succédèrent à la crainte révérentielle et à l'étonnement, lorsque l'ange dit à Marie : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus.

Il sera grand, on l'appellera le Fils du Très-Haut... L'Esprit-Saint viendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra (de vous) sera appelé Fils de Dieu » (Luc, I, 30-35). L'ange ajoute un signe et la raison de l'événement : « Déjà Elisabeth, votre parente, a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse, et c'est actuellement son sixième mois, à elle qu'on appelle stérile : car rien n'est impossible à Dieu » (ibid., I, 36-38)

Marie donne alors son consentement, en disant : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole » (ibid., 38).

Bossuet remarque dans les Elévations sur les mystè­res, XIIe semaine, VIe élévation, que la Sainte Vierge a manifesté par ce consentement trois vertus principales : la sainte virginité, par la haute résolution de renoncer à jamais à toute joie, des sens ; l'humilité parfaite devant l'infinie grandeur de Dieu qui s'incline vers elle ; la foi, car il fallait concevoir le Fils de Dieu dans son esprit avant de le concevoir dans son corps. C'est pourquoi Eli­sabeth lui dira : « Heureuse celle qui a cru ! car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur » (Luc, I, 45). Elle a manifesté aussi une grande confiance en Dieu et un grand courage, car elle n'ignorait pas les prophéties messianiques, notam­ment celles d'Isaïe, qui annonçaient les grandes souffran­ces du Sauveur promis, auxquelles elle devait participer.

Ce qui frappe bien des âmes intérieures en la Sainte Vierge, au jour de l'Annonciation, c'est son total oubli d'elle-même, qui paraît être le summum de l'humilité. Elle n'a pensé qu'à la volonté de Dieu, à l'élévation de ce mystère pour la gloire divine et pour le salut de notre pauvre race. Dieu, qui est la grandeur des humbles, a été la sienne, et par là même sa foi, sa confiance et sa géné­rosité ont été à la hauteur du mystère auquel elle allait participer.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Sam 20 Juin 2020 - 18:39

CHAPITRE III

Article II

- L'AUGMENTATION CONSIDÉRABLE DE LA GRACE EN MARIE
A L'INSTANT DE L'INCARNATION

Le jour de l'Annonciation marque un très grand progrès de la grâce et de la charité en l'âme de Marie.

Convenance de l'Annonciation


Tel homme est peut-être et s'estime le plus grand poète de son époque, tel homme le plus grand philosophe ou le plus grand politique, ils mettent leur grandeur dans leur génie. La Sainte Vierge, qui est la plus élevée de toutes les créatures, s'est totalement oubliée elle-même, elle a mis sa grandeur en Dieu. Deus humilium celsitudo, Dieu, qui êtes la grandeur des humbles, révélez-nous l'humilité de Marie, proportionnée à l'élévation de sa charité.

Saint Thomas a noté qu'à l'instant de l'Incarnation il y eut en Marie, par la présence du Verbe de Dieu fait chair, une grande augmentation de la plénitude de grâce. Si elle n'avait été déjà confirmée en grâce, elle l'eut été à ce moment.

Les raisons de cette grande augmentation de grâce et de charité

On a donné trois raisons de cet accroissement de la vie divine en Marie, en considérant la finalité de la grâce en elle, puis la cause de cette grâce, et enfin le mutuel amour du Fils de Dieu et de sa sainte Mère.

Premièrement, par rapport au mystère même de l'In­carnation, cet accroissement convient hautement comme préparation prochaine et immédiate à la maternité di­vine.

Il doit en effet y avoir une proportion entre la disposi­tion immédiate à une perfection et celle-ci. Or la mater­nité divine est, par son terme d'ordre hypostatique, très supérieur; non seulement à celui de la nature, mais à celui de la grâce.

Il faut donc qu'il y ait eu en Marie une augmentation de la plénitude de grâce et de charité qui la rendit immédiatement digne d'être la Mère de Dieu, et qui la proportionnât à sa mission exceptionnelle et uni­que à l'égard du Verbe fait chair.

Deuxièmement, le Fils de Dieu lui-même, en devenant présent en Marie par l'Incarnation, se doit de l'enrichir d'une plus grande grâce. Il est en effet par sa divinité la cause principale de la grâce; par son humanité, il la mérite et en est la cause instrumentale.

Or la bienheu­reuse Vierge fut, de toutes les créatures la plus rappro­chée du Christ selon l'humanité, puisque c'est d'elle qu'il a reçu sa nature humaine. Marie a donc dû obtenir, à l'instant de l'Incarnation, une grande augmentation de la plénitude de grâce.

La venue du Verbe fait chair en elle dut réaliser tout ce que produit la plus fervente communion et davantage. Dans l'Eucharistie, Notre-Seigneur se donne tout entier sous les apparences du pain; par l'Incarnation, il s'est donné tout entier à Marie sous sa forme véritable et par un contact immédiat, qui produisait par lui-même, ex opere operato, plus et mieux que le plus parfait des sacre­ments, une augmentation de vie divine.

Tous les effets de la communion sacramentelle sont ici dépassés sans comparaison. Par la communion sacramen­telle, Jésus se donne à nous pour que nous vivions de lui; par l'Incarnation, il se donne à Marie, mais aussi il vit d'elle en sa nature humaine, car il tient d'elle sa nourri­ture et le développement de son corps qui se forme en son sein virginal; en retour, il nourrit spirituellement la sainte âme de Marie, en augmentant en elle la grâce sanctifiante et la charité.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Dim 21 Juin 2020 - 16:47

CHAPITRE III

Article II

- L'AUGMENTATION CONSIDÉRABLE DE LA GRACE EN MARIE
A L'INSTANT DE L'INCARNATION

Le jour de l'Annonciation marque un très grand progrès de la grâce et de la charité en l'âme de Marie.

Les raisons de cette grande augmentation de grâce et de charité


Troisièmement, l'amour réciproque du Fils pour sa Mère et de la Mère pour son Fils confirme ce que nous venons de dire. La grâce est en effet le fruit de l'amour actif de Dieu pour la créature qu'il appelle à participer ici-bas de plus en plus à sa vie intime avant de lui don­ner l'épanouissement de la vie éternelle.

Or, si le Verbe fait chair aime tous les hommes pour lesquels il se dis­pose à donner son sang, s'il aime particulièrement les élus, et parmi eux les apôtres, qu'il va choisir comme ses ministres, et les saints, qu'il appellera au cours des âges à une grande intimité avec lui, il aime plus encore sa sainte Mère, qui va lui être plus intimement associée que personne dans l'œuvre de la régénération des âmes.

Jésus, comme Dieu, aime Marie d'un amour très spécial, qui produit en elle une surabondance de vie divine capable de déborder sur les autres âmes.

Il l'aime aussi, comme homme, et comme homme il mérite tous les effets de notre prédestination, et donc tous les effets de la pré­destination de Marie, notamment l'augmentation de la charité qui la conduit vers la plénitude finale de la vie du ciel.

Enfin ce double amour de Jésus, comme Dieu et comme homme, pour sa sainte Mère, loin de trouver en elle le moindre obstacle, y trouvait dès ici-bas la plus parfaite correspondance dans l'amour maternel qu'elle a pour lui.

Dès lors il s'épanchait généreusement en elle en une mesure que nous ne saurions apprécier et qui dépassait considérablement celle dont jouissent sur la terre les plus grands saints arrivés au sommet de la vie unitive.

Si les mères sont souvent capables d'un amour héroïque et des plus grands sacrifices pour leurs enfants expo­sés à de grandes souffrances, combien plus Marie, pour son Fils unique qu'elle aimait avec un cœur de vierge ­mère, le plus tendre et le plus pur qui fut jamais, et qu'elle aimait aussi comme son Dieu.

Elle avait pour lui, non seulement l'amour maternel d'ordre naturel, mais un amour essentiellement surnaturel, qui procédait en elle de sa charité infuse, à un degré des plus élevés, et qui ne cessait de grandir.

Comme le dit le P. E. Hugon, en parlant du temps où le corps du Sauveur s'est formé dans le sein virginal de Marie : « Un progrès sans arrêt a dû se faire en elle pendant les neuf mois, pour ainsi dire ex opere operato, par le contact permanent avec l'Auteur de la sainteté...

Si la plénitude est, déjà incompréhensible au premier instant où le Verbe se fait chair, quel degré elle a dû atteindre à la naissance de l'Enfant-Dieu!... (Ensuite) chaque fois qu'elle lui donne à boire son lait virginal, elle reçoit en échange la nourriture des grâces...

Quand elle le berce doucement et lui donne ses baisers de vierge et de mère, elle reçoit de lui le baiser de la divinité, qui la rend plus pure et plus sainte encore. » C'est ce que dit la sainte liturgie.

Lorsque ce contact physique cessera, la charité de Marie et son amour maternel surnaturel pour Jésus ne cessera pas de grandir en elle jusqu'à la mort. La grâce, loin de détruire la nature en ce qu'elle a de bon, la per­fectionne ici en une mesure qui reste pour nous inexpri­mable.

Source : Livres-mystiques.com

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Message  ami de la Miséricorde le Lun 22 Juin 2020 - 16:54

CHAPITRE III

- L'AUGMENTATION CONSIDÉRABLE DE LA GRACE EN MARIE
A L'INSTANT DE L'INCARNATION

Article III
- LA VISITATION ET LE « MAGNIFICAT »
1° La Visitation


Après l'Annonciation, la Sainte Vierge, selon saint Luc, I, 39, vint visiter sa cousine Élisabeth. Dès que celle-ci eut entendu la salutation de Mariè, l'enfant qu'elle portait tressaillit dans son sein et elle fut remplie du Saint-Esprit. Alors elle s'écria : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où m'est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi? Car votre voix, lorsque vous m'avez saluée, n'a pas plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur. »

Elisabeth sous la lumière de la révélation divine, com­prend que le fruit des entrailles de Marie commence à répandre par elle sa bénédiction. Elle sent que c'est le Seigneur lui-même qui vient. De fait, le Fils de Dieu vient par sa Mère à son précurseur, et Jean-Baptiste le recon­nait par la sienne.

Saint Luc rapporte ici (I, 46) le cantique de Marie. L'autorité de l'immense majorité des manuscrits et des meilleurs, le témoignage unanime des Pères les plus anciens et les plus doctes (saint Irénée, Origène, Tertul­lien, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, etc.) et le contexte s'accordent à voir en Marie l'auteur inspi­rée du Magnificat.
Ce cantique est frappant surtout par sa simplicité et son élévation. C'est un chant d'action de grâces, qui rap­pelle que Dieu est la grandeur des humbles, qu'il les élève et qu'il rabaisse l'orgueil des puissants. Bossuet, dans ses Elévations sur les mystères, XIVe semaine, Ve élévation, résume ce qu'ont dit les Pères sur le Magnificat ; soulignons quelques-unes de ces réflexions.

2° Dieu a fait de grandes, choses en Marie

Elle dit : « Mon âme glorifie le Seigneur. » Elle sort d'elle-même pour ne glorifier que lui et mettre en lui toute sa joie. Elle est dans la paix parfaite, car personne ne peut lui ôter Celui qu'elle chante.

« Mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur. » Ce que Marie ne peut trouver en elle, elle le trouve en Celui qui est la souveraine richesse. Elle tressaille de joie « parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa ser­vante ». Elle ne croit pas pouvoir attirer ses regards : par elle-même elle n'est rien. Mais puisque de lui-même, par pure bonté, il a tourné vers elle ses regards, elle a un appui qu'elle ne peut perdre : la miséricorde divine par laquelle il l'a regardée.

Dès lors, elle ne craint point de reconnaître ce qu'elle a gratuitement reçu de lui ; la gratitude lui en fait un devoir : « Voici que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse. » Cette prophétie ne cesse d'être vérifiée depuis bientôt deux mille ans, chaque fois qu'on récite l'Ave Maria. Puis elle voit que son bonheur sera celui de toute la terre ; de toutes les âmes de bonne volonté « Celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint, et sa Miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. » Celui qui est puissant a fait en elle le plus grand ouvrage de sa puissance : le mystère de l'Incarnation rédemptrice ; par elle, en lui conservant miraculeusement sa virginité, il a donné au monde un Sauveur.

Le nom du Très-Haut est saint, il est la sainteté même, qui doit nous sanctifier. Il le paraît davantage, lorsque son Fils, qui est aussi celui de Marie, répand la Misé­ricorde, la grâce, la sainteté d'âge en âge, parmi les dif­férents peuples, sur ceux qui ont la crainte filiale, com­mencement de la sagesse, et qui, par sa grâce, veulent obéir à ses préceptes.

Source : Livres-mystiques.com

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