Jean Vaquié, À propos de la contre-église !
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Jean Vaquié, À propos de la contre-église !

Message  Octo le Sam 8 Oct 2011 - 17:41

JEAN VAQUIÉ, À PROPOS DE LA CONTRE-ÉGLISE !




À PROPOS DE LA CONTRE-EGLISE :

SUR LES DIFFICULTÉS DE DOCTRINE POSÉES PAR L’ÉTUDE DE LA "CONTRE-EGLISE"


Pour faire avancer les connaissances relatives à la "Contre Eglise", nous

sommes confrontés à des problèmes qui ne sont pas nouveaux quant au fond,

mais qui revêtent aujourd'hui des formes nouvelles.

La génération précédente - celle de Mgr Jouin et de Léon de Poncins - les a

déjà rencontrés. Mais elle était préoccupée par les modalités actuelles de ces

problèmes. Elle parait au plus pressé et visait surtout ce qu’on appelait alors les

"menées anti-nationales". Elle a donc négligé, par nécessité, l'infrastructure religieuse

de ces menées. Nous en aurions fait autant.

Or, l'ennemi ayant progressé, c'est aujourd’hui à des "menées anti-religieuses"

que nous avons surtout à faire face. Il faut donc approfondir notre champ d'investigation

(nous dirions volontiers notre champ opératoire) et utiliser, par conséquent,

des méthodes plus. pénétrantes.

Faisons le rapide inventaire des zones de pénétration que nous désirons explorer

et des critères que nous pensons y appliquer.

I. LA DOCTRINE DES INIMITIÉS.

Les historiens de la franc-maçonnerie enseignent couramment que leurs congrégations

remontent aux origines de l'humanité. On ne peut que souscrire, en

principe, à une telle déclaration d'ancienneté, laquelle est en effet confirmée par

les archives de l'Eglise.

L'Ecriture Sainte révèle l'existence, dès le début, d'une anti-religion. Entre ces

doux traditions primordiales, l'Ecriture déclare qu'il existera toujours une INCOMPATIBILITÉ

irrémédiable.

Cette incompatibilité des deux religions fait l'objet d'une révélation sans ambiguïté.

C'est un véritable décret qui est contenu dans la sentence de condamnation

du serpent :

"INIMICITIAS ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius".

"Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa

postérité". Gen. III, 15.

C'est la doctrine des deux POSTÉRITÉS et de leurs INIMITIÉS. Le mot postérité

est répété deux fois dans le texte car il s’agit de deux "semences" qui n’ont

rien de commun.

23

Les philosophes de la maçonnerie n'admettent pas cette notion

d’INCOMPATIBILITÉ irréversible parce qu'ils prétendent que leurs collèges de

sages sont à l'origine de toutes les religions sans exception. Et si nous pouvons

souscrire au principe de l'ancienneté de la "contre-Eglise", nous sommes obligés

de contester l'école maçonnique toutes les fois qu'elle mêle les sources des deux

traditions et qu'elle entretient (et c'est constant chez elle) la confusion entre les

deux "semences".

D'ailleurs, soumis malgré eux au décret divin, les historiens maçons pratiquent

en fait la vieille inimitié et ils font une guerre implacable à la véritable Eglise de

sorte que les deux religions sont, en fait comme en droit, ennemies dès l'origine.

La postérité de la femme c'est la postérité de notre Mère Eve, c'est la Nouvelle

Eve, la Vierge Marie et Notre-Seigneur Jésus-Christ, signe de contradiction :

"Signum cui contradicetur" Luc II, 34. C'est aussi la Sainte Eglise.

La postérité du serpent, ce sont les fausses religions, la "contre-Eglise", corps

polymorphe dont l'Antéchrist sera le chef arrivant en dernier, à la fin des temps.

On retrouve les deux postérités et leurs inimitiés sous de très diverses formes

dans tout le patrimoine doctrinal ecclésiastique. Voici un très intéressant texte de

saint Paul sur l'incompatibilité des deux calices :

"Non potestis calice Domini bibere et calice dæmoniorum".

"Vous ne pouvez pas boire à la fois au Calice du Seigneur et au calice des

démons". I Cor X, 21.

En voici un autre où il interdit la commerce entre la lumière et les ténèbres :

"Nolite jugum ducere cum infidelibus ; quæ enin participatio justiciæ cum

iniquitate ? Aut quæ societas luci ad tenebras ? Quæ autem conventio Christi

ad Belial ? Aut quæ pars fideli cum infideli ?"

"Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Car quelle union

peut-il y avoir entre la justice et l'iniquité ? Quel commerce entre la lumière et

les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Belial ? Quelle société entre le fidèle

et l'infidèle ?" Il Cor. VI, 14-15.

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort invoque ces inimitiés entre les membres

des deux cités comme base de sa spiritualité. Mais on peut aussi l’invoquer

comme critère de discernement ; par exemple, quand il s'agit d'analyser l'oecuménisme,

ses fondements doctrinaux et les mobiles de ses partisans.

Si l'Eglise de la Terre est MILITANTE, c'est précisément à cause des inimitiés

et des incompatibilités qui opposent les deux postérités annoncées dans la Genèse.

C'est une doctrine antique, universelle et sûre que Jésus et Bélial ne sont

pas faits pour s'embrasser mais pour se combattre.

24

C'est précisément cet esprit d’INCOMPATIBILITÉ que nous apporterons dans

l'étude de la "contre-Eglise". Nous ne ferons, en cela, que correspondre à l'hostilité

irrémissible des maçons "contre tous ceux qui dogmatisent" ; c'est à dire contre

tous ceux qui ont la foi.

II. PLURALISME, SYNCRÉTISME ET OECUMÉNISME.

Les congrégation maçonniques prétendent constituer une SUPER-RELIGION

ÉSOTÉRIQUE dont le rôle est d’inspirer clandestinement toutes les religions

exotériques. Et elles travaillent effectivement dans ce sens. depuis de nombreuses

décades.

On voit tout de suite que cette manoeuvre peut donner lieu, selon le tempérament

des exécutants, à deux tendances :

- Le PLURALISME qui insiste sur le particularisme des religions périphériques;

- Le SYNCRÉTISME qui veut enrichir toujours plus le fond commun des notions

universelles.

De fait, les deux tendances alternent, comme une pulsation, et la manoeuvre

avance.

Depuis qu'à l'occasion du dernier Concile, les progressistes ont pris le pouvoir

au Vatican, l'Eglise se trouve entraînée dans cette manoeuvre "pluralo-syncrétique".

La double tendance a déjà réalisé d'importantes conquêtes.

- Le pluralisme a constitué des églises nationales (grâce aux langues nationales

dans la liturgie et aux conférences épiscopales nationales) qui évoluent

désormais à des vitesses différentes et qui vont donc en se différenciant.

- Le syncrétisme a dû changer de nom pour ne pas effrayer les fidèles : on a

emprunté le "oecuménisme" dont il a fallu d'ailleurs détourner la signification ;

au sens étymologique, catholique et oecuménique sont équivalents, et signifient

universel ; dans le nouveau vocabulaire, oecuménisme désigne un universalisme

encore plus vaste que celui du catholicisme ; il est le "tout" dont le

petit catholicisme d'antan n'était que la "partie" et cet "oecuménisme syncrétique"

entraîne l'Eglise dans la double voie :

- des concessions,

- et des emprunts,

d’abord aux confessions chrétiennes dont elle est immédiatement entourée,

puis aux religions non-chrétiennes.

Les marchandages sont en cours.

Nous voudrions faire remarquer schématiquement faute de place, que cette

manoeuvre pluralo-syncrétique n'est pas du tout, mais alors absolument pas conforme

à la stratégie divine, laquelle opère en sens diamétralement opposé. Contentons-

nous de rappeler les deux caractéristiques qui ont révélé ce plan :

25

- la confusion de BABEL

- et la vocation d'ABRAHAM.

A. La confusion de Babel.

L'unité de la race humaine était chose faite ; en particulier il n'y avait qu'une

seule langue. Mais comme la démographie était galopante, on sentait l'imminence

d'une dislocation ; d'où l'idée d'une ville capitale, d'une tour et d'un monument

pour matérialiser dans l'avenir l'unité du genre humain. En apparence, rien que de

très louable dans cette entreprise, puisqu'il s'agissait de maintenir à jamais une

unité déjà réalisée.

C'est alors Dieu Lui-même qui intervient. Il ne veut pas de cette unité-là et Il la

détruit. Le texte de la Genèse, est absolument clair et formel. Et pourquoi Dieu ne

veut-il pas de cette unité ? Parce qu’elle est purement humaine :

- bâtissons-NOUS une ville,

- faisons-NOUS un monument.

Quant à la Tour, ils la font monter jusqu'au ciel bien sûr, mais c'est avec ce

même zèle que saint Paul reprochera un jour aux pharisiens :

"Je leur rends cette justice qu’ils ont le zèle de Dieu, mais il n'est pas selon

la science".

Et c’est Dieu qui opère Lui-même la distinction et la confusion des langues par

une sorte de décret solennel :

"Venite igitur, descendamus, et confundamus ibi linguam eorum, ut non

audiat unusquisque vocem proximi sui."

"Venez donc, descendons et confondons ici leur langue, afin que chacun

n’entende plus la voix de son voisin". Gen XI, 7

B. La vocation d'Abraham.

Cet épisode extrêmement important tient en trois versets : Gen XII, 1-3. Dieu

Se choisit un peuple et Il le SÉPARE des autres peuples et cette séparation (qui

est le complément et la contrepartie de la confusion de Babel) est définitive.

La "Vocation des Gentils", plus tard, ne changera pas cette stratégie de séparation,

au contraire, elle la renforcera. Car l’Israël de l'Ancien Testament était un

peuple charnel dont la séparation était "défensive" (maintenir une race pure pour

former le Corps de N.S.J.C.) tandis que l'Israël du Nouveau Testament est un

"peuple spirituel" destiné à former le "corps Mystique du Christ". Et l’aide de la

Grâce ayant été donnée, l’Israël spirituel a une mission "offensive" de conquête.

Mais la séparation demeure. Il y aura "un seul troupeau et un seul pasteur"

quand la conquête sera terminée. Il n’y a d'unité que dans la Vérité.

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Il est facile de comprendre qu'une telle stratégie exclut tout "pluralo-syncrétisme",

toute manoeuvre de concession et d'emprunt. Catholique, oecuménique et

universel ont le même sens. La religion de Notre-Seigneur est catholique parce

qu'elle est faite pour toutes les Nations, lesquelles, de leur côté, sort en harmonie

préétablie avec elle.

III. LES DEUX CORPS MYSTIQUES

En poursuivant notre dissection profonde, nous rencontrerons immanquablement

les zones de friction entre les deux "Corps Mystiques" :

- le Corps Mystique du Christ, qu'est l'Eglise,

- et le corps mystique de l’Antéchrist.

Il s'agit ici de savoir si l'on peut appliquer ce terme de "corps mystique" à l'ensemble

extraordinairement polymorphe des fausses religions, des sectes et de

toutes les congrégations hétérodoxes.

Or cette application fait problème en effet. Car si la réalité du Corps Mystique

de Notre-Seigneur Jésus-Christ est couramment enseignée (Voyez l’encyclique

de Pie XII "Mystici Corporis Christi" du 29 juin 1943), celle du corps mystique de

l’antéchrist ne l'est pas.

Et elle ne l'est pas pour deux raisons :

1) L'Ecole ne s'est pas prononcée sur la personnalité de l'Antéchrist, que

beaucoup de théologiens présentent comme un être collectif ; ils en font le type

d’un genre dont les spécimens apparaissent de distance en distance au cours de

l'histoire (Antiochus, Néron, Attila, Hitler...). Il est bien évident que, dans cette hypothèse,

on hésite à qualifier de "corps" un ensemble qui n'a pas une tête unique.

- Mais nous répondrons que ces spécimens d'un même genre sont plutôt des

figures, mieux des préfigurations, des précurseurs de l'Antéchrist véritable et personnel,

celui dont l'Ecriture annonce qu'il présidera aux tribulations finales do

I’Eglise. Dans ce cas, le corps des sectes aurait bien une tête unique, bien

qu’apparaissant à la fin. Justifions notre position par cette citation de saint Jean :

"Comme vous avez appris que l’antéchrist doit venir, ainsi y a-t-il

maintenant plusieurs antéchrists". I Jean II, 18.

Les préfigurations n’annulent pas le personnage final.

2) La seconde raison qui fait hésiter à parler de corps mystique de l'antéchrist,

c’est l'état de guerre incessant qui existe entre les membres de ce corps. Où est

son unité, objecte-t-on, puisqu’il se déchire.

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- Nous répondrons en faisant remarquer qu'il s’agit en effet de ce "royaume divisé

contre lui-même" dont nous parle le Divin Maître. C'est bien un "royaume"

mais son unité est négative ; elle est faite de la haine envers l’ennemi commun

qui est Jésus ; les membres ne se réconcilient que sur le dos du "Juste''. Et il est

"divisé contre lui-même" parce que le démon gouverne par la rivalité des membres

; c'est même un de ses grands principes de gouvernement.

Nous aurons donc des arguments à apporter en faveur de l’existence d'un véritable

"corps mystique de l’antéchrist", monstrueux sans doute, mais antagoniste

de celui du Christ. Nous profiterons de ce que la matière est théologiquement libre.

Une réponse affirmative à cette question est d'autant plus nécessaire que nous

y sommes invités par les maçons eux-mêmes. Ils présentent, en effet, l’initiation

comme ayant, entre autres effets, celui d'introduire l'adepte dans un corps spirituel,

dans une institution spirituelle immémoriale ; et ils font même, de cette incorporation,

une des conditions de la validité de l'initiation. Ils ressentent donc réellement

l’existence d'un corps spirituel. La question que nous avons abordé ici

n'est donc pas oiseuse.

IV. LA VRAIE ET LA FAUSSE MYSTIQUE

L'appréciation de la limite entre la vrai et la fausse mystique est très difficile. Et

pourtant on en a constamment besoin quand on étudie les sectes.

Le commerce de l’âme humaine avec le monde des esprits par les voies particulières

de la mystique (voies différentes, en intensité et en nature, de la simple

élévation de l’âme... par l'oraison), ce commerce joue un rôle considérable dans la

vraie comme dans la fausse religion. On rencontre même la fausse mystique à

l'origine des doctrines philosophiques ("illumination" de maints philosophes). On la

retrouve jusqu'à l'origine de certaines découvertes scientifiques. Il y a là toute une

zone que nous ne pouvons pas nous abstenir d'explorer, puisque c'est par elle

que les doctrines démoniaques pénètrent dans la Société.

Le monde des esprits, en effet, est divisé en deux camps : celui des esprits fidèles

et celui des esprits réprouvés.

Chaque fois qu'un sujet (un tribun, un savant, un philosophe, un moine ou un

simple membre du vulgum peccus) reçoit une inspiration mystique, à un degré

quelconque, la question se pose de savoir quelle en est l’origine.

Ce sujet a-t-il été mis en communication avec son propre métapsychisme

(dans ce cas il est à la fois inspiré et inspirateur), ou bien avec un bon esprit, ou

avec un mauvais ? Ou encore, ce phénomène est-il complexe ?

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Ce problème se pose à nous à chaque pas. C'est celui du DISCERNEMENT

DES ESPRITS. Or la faculté de discernement est un charisme. Et la Providence

ne distribue pas ce don très largement. L’Évêque même en l’absence de don personnel,

jouit ipso facto de la faculté de discernement quand, dans l’exercice de

ses fonctions et moyennant le respect des formes canoniques, il examine une

cause surnaturelle. Dans ce cas, Dieu lui doit Son assistance et Il la lui donne

évidemment.

Malheureusement, l’Évêque moderne, pour toutes sortes de raison, s’abstient

d'examiner canoniquement les causes surnaturelles qui lui sont soumises. Elles

évoluent dès lors d’une manière anarchique et exubérante, et faute de protection,

la plupart se polluent irrémédiablement.

Or I'histoire des sectes est pénétrée de fausse mystique. Elle est un tissu

d’extases qui, pour être fausses n'en impriment pas moins des orientations fort

précises. Impossible donc d'exposer intelligemment cette histoire si l'on s'interdit

toute appréciation, toute estimation, tout jugement de valeur sur le sens de ces

orientations et donc sur la nature de la mystique qui est à leur origine. Est-elle

authentique et vient-elle donc du Ciel. Ou bien est-elle fausse et vient-elle du "trou

de l'abîme"?

Pour répondre à cette question, qui revient sans cesse, il y a toujours eu deux

recours : une attitude a priori et un examen a posteriori.

- L’attitude a priori, c'est ce que appelle "la finesse de l'ange". C'est cette position

de méfiance qui évente le mal partout où il est, mais sans en faire l'expérience

; on en reste l’observateur extérieur. Elle exclut donc la curiosité expérimentale

laquelle aboutit toujours à l’enlisement. Celui qui par exemple, veut

se mêler aux occultistes pour les mieux connaître, abandonne par le fait même

son indépendance d'esprit comme observateur vraiment objectif.

- L'examen a posteriori est celui des fruits : "Vous les reconnaîtrez à leurs

fruits". C’est ainsi, par exemple, que nous pourrons examiner les fruits du

pentecôtisme d'aujourd'hui :

"Nolite omni spiritui credere sed probate spiri us si ex Deo sint".

"Ne croyez pas à tout esprit mais voyez, par l'épreuve, si les esprits sont de

Dieu". I Jean IV, 1

V. LA NATURE DU PAGANISME ANTIQUE ET MODERNE

Une autre série de problèmes nous attend : dans quelle mesure le paganisme

antique est-il le culte des mauvais esprits et dans quelle mesure renferme-t-il des

vestiges de la Religion Primordiale révélée à Adam et aux patriarches qui se succèdent

jusqu'à Abraham ? Essayons de répondre à ces deux questions.

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Faisons une première constatation : les dieux du polythéisme antique sont indubitablement

des démons. Citons quelques-uns des nombreux textes de l'Ecriture

que l'on peut invoquer dans ce sens.

- "Quoniam omnes dii gentium dæmonia".

"Car tous les dieux des nations sont des démons". Ps XCV, 5.

- "Et commisti sunt inter gentes, et didicerunt opera eorum ; et servierunt

sculptilibus eorum et factum est illis in scandalum. Et immolaverunt filios suos

et silias suas dæmoniis".

"Ils se mêlèrent aux nations, et ils apprirent leurs oeuvres. Ils servirent leurs

IDOLES qui furent pour eux un piège. Ils sacrifièrent leurs fils et leurs filles aux

DÉMONS." Ps CV, 35-37.

- "Provocaverunt eum in diis alienis, et in abominationibus ad iracundian

concitaverunt. Immolaverunt dæmoniis, ut non Deo, diis quos ignorabant".

"Ils ont excité la jalousie de Dieu par des dieux étrangers ; ils L’ont irrité par

des abominations ; ils ont sacrifié à des DÉMONS qui ne sont pas Dieu, à des

dieux qu'ils ne connaissaient pas". Deut. XXXII, 16-17.

- "Sed quæ immolant gentes, dæmoniis immolant, et non Deo. Nolo autem

vos socios fieri dæmoniorum".

"Mais ce que les païens immolent, c’est à des DÉMONS qu'ils l’immolent,

et non à Dieu. Or, je ne veux pas que vous vous fassiez les associés des DÉ-

MONS". I Cor X, 20.

Une première constatation donc : le culte des idoles est fondamentalement un

culte rendu à des démons. Les vaticinations des devins sont imprégnées de

fausse mystique. Ce sont de fausses révélations qui ont élaboré les religions antiques.

Voilà donc l'homme païen adorant des puissances spirituelles déchues. Ces

puissances spirituelles, il va les retrouver à l'intérieur de lui-même : ce sont les

VICES. La même idole va donc représenter un démon extérieur et un vice intérieur.

Chaque homme reconnaîtra en lui une divinité intérieure, un Apollon ou un

Mercure ; chaque homme possédera sa Cybèle intérieure ou son Astarté. Les

vertus, elles aussi, ont été divinisées. Elles se sont transformées en vices par le

fait de leur divinisation qui leur a fait perdre leur "discrétion", c’est-à-dire leur équilibre

réciproque. Bref, les païens ont divinisé les vices et ils les ont adorés.

Le culte polythéique de l’Antiquité est donc simultanément celui des mauvais

esprits et celui des hommes devenus mauvais esprits. Nous retrouvons aujourd'hui

cette dualité de nature, non seulement dans les cultes païens qui sont des

survivances de l'Antiquité (comme c'est le cas, par exemple, du culte Vaudou),

mais encore dans les élaborations religieuses modernes qui cherchent à allier

l'adoration des forces intérieures de l'homme avec celles des puissances cosmiques.

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Dans quelles mesures maintenant puisque c'est la deuxième sous-question de

notre problème, le paganisme contient-il des vestiges de la Religion Primordiale

révélée à Adam et aux Patriarches qui se sont succédés jusqu'à Noé puis à Abraham

? Contentons-nous ici de poser la question, sans y répondre pour l'instant

car elle est complexe. D’autant plus complexe que le paganisme renfermait, non

seulement, des traces du monothéisme original (encore faut-il savoir lesquelles)

mais encore des influences judaïques.

Par ces vestiges très anciens et par ces influences plus récentes, Dieu préparait

les Gentils à recevoir la Religion du Verbe Incarné, le jour venu. Et si le paganisme,

en tant qu'il est la religion des démons, s'est insurgé contre Jésus, en revanche

il avait conservé suffisamment de bons éléments pour comprendre une

prédication nouvelle qui se rattachait à sa propre antiquité. Il avait, en particulier,

conservé l'intelligence du sacrifice propitiatoire, c'est-à-dire du mécanisme par lequel

on charge la victime des maux dont on veut se débarrasser (le bouc émissaire).

Cette intelligence permit aux païens de comprendre un processus identique,

celui de la Rédemption.

Saint-Paul trouva, chez les Athéniens, ces vestiges et cette nostalgie :

"Viri Atheniensis, per omnia quasi superstitiosores vos video. Praeterieus

enim, et videns simulacra vestra, inveni et aram in qua scriptum erat : Ignoto

Deo. Quod ergo ignorantes colitis, hoc ego annuntio vobis".

"Athéniens, je vous vois en toutes choses excessivement religieux. Me

promenant et regardant vos statues, j’ai trouvé un autel avec cette inscription :

Au Dieu Inconnu. Ce que vous honorez sans le savoir, c'est cela que je vous

annonce". Actes, XVII, 22-23.

Il n'est pas sans intérêt d'analyser le plus profondément possible la nature

complexe du paganisme antique au moment où nous allons avoir à analyser aussi

toutes sortes de syncrétismes et de gnoticismes dans la composition desquels le

vieux paganisme n'est certes pas absent.

VI. LA NATURE DE L’INITIATION.

Un problème très délicat va encore se présenter : celui de la nature de

l’Initiation.

Il ne fait aucun doute que toutes les fois qu'il y a MYSTÈRE, il y a bien INITIATION.

Ce qui est mauvais ou bon, ce n'est pas l'initiation proprement dite, c'est le

mystère auquel on adhère par l'initiation.

Or, il y a les "Mystères d'En Haut" et les "Mystères d’En-Bas".

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L'initié maçonnique, qui est "illuminé" de la fausse lumière, est introduit dans le

monde des ténèbres de l’esprit, il va aller d'illusions en illusions ; il est entré dans

les "Mystères d’En-Bas".

Mais il ne fait aucun doute que le chrétien reçoit au Baptême une incontestable

initiation. Les deux autres Sacrements qui impriment dans l'âme un caractère indélébile,

c’est-à-dire la Confirmation et l'Ordre, sont-ils les degrés ascendants de

cette initiation chrétienne ? C'est une question intéressante que nous ne ferons

que mentionner ici.

La notion d’initiation chrétienne est très ancienne et très sure. On comprend

très bien que l’acquisition d'un caractère indélébile comme celui du Baptême ne

soit pas la simple adhésion mentale à une doctrine. C'est une opération qui a

quelque chose de divin et de mystérieux : une souillure est lavée, une marque

d'appartenance est imprimée. Et on comprend aussi que le mot d'initiation lui convienne

car la filiation adoptive dans la famille de Dieu qui s'est réalisée, ne l'est

d’abord qu’en droit ; c’est un simple commencement (initium) ; elle ne le deviendra

en fait que lorsqu'elle aura porté ses fruits, c’est-à-dire fait ses preuves. Jusque

là tout est clair.

Seulement voilà ! Les hérésiarques de la contre-Eglise (et surtout son invisible

grand-maître) ont amené la confusion entre l'initiation aux mystères d'En-Haut et

celle aux mystères d'En-Bas. Tantôt ils réclament l’équivalence entre les deux initiations.

Tantôt, et c'est le plus souvent, ils subordonnent l'initiation chrétienne à la

leur qu’ils déclarent antérieure dans le temps et supérieure en hiérarchie. Ils ont

ainsi jeté sur le mot et sur la chose un tel discrédit que les chrétiens, par prudence,

ont abandonné le mot :

"Pratiquez-vous l'initiation ! Vous êtes du mauvais côté

- Repoussez-vous tout ce qui est taxé d'initiation ! Alors vous êtes à l'abri

du danger".

Cette prudence, il faut la reconnaître, a rendu de grands services en maintenant

les fidèles à l'écart de la confusion qui était précisément recherchée par les

sectes. Mais il est souhaitable aujourd'hui d'aller au fond des choses et de poser

en principe que ce qui est mauvais, ce n'est pas l'initiation en elle-même mais le

mystère ténébreux auquel, de fait, on adhère dans les "congrégations initiatiques".

VII. LE PROBLÈME DE L’ÉSOTÉRISME.

Les diverses congrégations initiatiques dont l'ensemble forme ce que l'on

nomme la "contre-Eglise" dispensent à leurs adeptes un enseignement ÉSOTÉ-

RIQUE, c'est-à-dire caché. D'après l’étymologie, ce mot, d'origine grecque, signi-

32

fie "intérieur" (il s'oppose à "exotérique" qui veut dire "extérieur", c'est-à-dire public

et officiel).

Une doctrine mérite le nom d'ésotérisme, au sens étymologique, dès lors

qu'elle n'est pas destinée au grand public et donc qu’elle est réservée à un collège

et cela quelque soit son contenu substantiel. On peut donc imaginer, théoriquement

tout au moins, un ésotérisme catholique réservé aux fidèles et caché

aux profanes, comme aussi bien un ésotérisme luciférien réservé aux adeptes et

caché aux chrétiens. Dans les deux cas, le mot d’ésotérisme est utilisable au sens

étymologique, puisqu'il s'agit d'un même mode de diffusion restreinte.

Le problème de l’ésotérisme va se décomposer en deux sous-questions :

- Le mot "ésotérisme" a-t-il conservé son sens étymologique dans le langage

moderne courant ?

- Peut-on qualifier la doctrine chrétienne d’ésotérique :

- soit au sens étymologique

- soit au sens courant

Nous verrons pour finir que ce problème ne saurait être négligé car il se trouve

de nombreux ennemis de l'Eglise qui l'ont gravement embrouillé pour tirer bénéfice

de la confusion.

Commençons donc par chercher le sens courant du mot en litige dans un dictionnaire

moderne :

ESOTERISME : (du grec eseterikos - intérieur)

"qui est enseigné aux seuls initiés"

- Les disciples de Pythagore auraient été divisés en exotérique et ésotérique ;

les premiers, simples postulants, les seconds initiés complètement à la doctrine

du maître.

- Chez Platon et Aristote, les termes ésotérique et exotérique ne s'appliquent

plus aux personnes mais seulement aux doctrines. Il y aurait eu, chez Platon,

une double philosophie : une accessible à tous et exposée sous la forme des

"DiaIogues" que nous connaissons ; l'autre, plus technique, réservée aux seuls

initiés. Aristote, lui-même, divise ses ouvrages en ésotériques ou "acroanatiques"

et en exotériques. Les commentateurs admettent que cette distinction

ne porte ni sur les questions, ni sur leurs solutions, mais sur la forme et les

procédés d’exposition. Dans les ouvrages exotériques on ne donne que les

arguments les plus clairs ; on réserve pour les ouvrages ésotériques, les plus

obscurs qui sont quelquefois les plus décisifs.

Cette idée d'une doctrine mystérieuse réservée aux initiés a séduit bien des

esprits et, de nos jours, se sont constituées de nombreuses sociétés ésotériques.

33

SCIENCES OCCULTES. On nonne "science ésotérique" la partie mystérieuse

de la science cabalistique dont les mages avaient le dépôt et qu'ils ne révélaient

qu'aux initiés après qu'ils eussent subi les épreuves rituelles. Les manuscrits

qui en renferment les éléments sont connus sous le nom de clefs ou

clavicules. Cet enseignement était donné d'une façon orale ou manuscrite, il

comportait notamment la clef du tarot, l'explication des arcanes et des traditions

de la cabale et de la magie, le rite des mystères sacrés... etc... Les secrets

ou prétendus secrets de l'alchimie, par la connaissance desquels on

confère à l'initié les pouvoirs magiques, font aussi partie de l’enseignement

ésotérique.

Cette définition, prise dans le dictionnaire Larousse, n'ignore certes pas le

sens étymologique, utilisé autrefois par les philosophes grecs. Mais elle montre

qu’aujourd’hui le mot "ésotérisme" s'est chargé d'un contenu substantiel de type

occultiste dont il est impossible de le débarrasser.

Nous avons donc répondu à la première sous-question que nous nous sommes

posés.

Avant de répondre à la deuxième sous-question, nous allons nous demander

pourquoi le terme qui nous occupe s'est ainsi dégradé et surchargé d'un contenu

mauvais.

La "contre-Eglise" initie ses adeptes (c'est une notion de base) aux Mystères

d'En Bas. Elle s'efforce de les entraîner dans le choeur des démons ; telle est sa

véritable finalité ; mais cette finalité est contraire non seulement à. l'ordre de la

NATURE, mais à l'ordre de la GRÂCE.

Elle est contraire à la nature. On ne peut la dévoiler à aucun homme, même

non-chrétien ; les véritables dieux du paganisme sont des démons lesquels sont

"homicides dès le commencement" ; ils sont donc repoussants pour tout homme

et même terrifiants quand ils montrent leur vrai visage ; aussi les dieux du paganisme

étaient-ils travestis en hommes ; les véritables maîtres se dissimulaient ;

d’où l’ésotérisme des "mystères païens".

La véritable finalité de la contre-Eglise est en contradiction avec l'ordre de la

Grâce inauguré par l'avènement du christianisme ; la dissimulation du véritable

but est donc encore plus nécessaire que sous le régime païen ; car il ne s’agit

plus de dissimuler le véritable maître ; il faut que l'adepte, qui est donc chrétien au

départ, change de maître ; il faut même lui faire adopter un mauvais maître après

en avoir connu un bon . Si on lui dévoilait d'emblée le vrai but, il refuserait d'y aller

; on va lui présenter une doctrine travestie, compliquée, cachée, en un mot

ésotérique, qui doit opérer en lui un renversement complet.

34

Telle est, depuis la fondation de l'Eglise, la raison psychologique profonde du

"chiffrement" des doctrines anti-chrétiennes ; elles ne peuvent pas se montrer

telles qu'elles sont parce qu'elles proviennent du "puits de l’abîme".

C’est ainsi que l’ésotérisme, qui a pu, en effet, servir autrefois de méthode didactique

aux anciens philosophes, s'est prodigieusement chargé, déjà à la fin de

l’antiquité, mais surtout depuis le commencement de l’ère chrétienne, d'un contenu

substantiel véritablement luciférien.

Nous pouvons maintenant répondre à notre deuxième sous-question : peut-on

qualifier la doctrine chrétienne d’ésotérique, soit dans le sens étymologique, soit

dans le sens courant actuel ?

On peut éliminer tout de suite le sens courant actuel. La Religion de Notre-

Seigneur n'est évidemment pas ésotérique dans le sens défini par le dictionnaire,

qui est chargé d'occultisme, de magie et de tous les faux-semblants de la pensée

infernale.

Voyons maintenant si elle ne recèlerait pas un certain ésotérisme en sens

étymologique du mot, c'est-à-dire une progressivité didactique. S'il existe un enseignement

réservé, il peut se dissimuler dans deux ordres de relations :

- les relations extérieures de la Religion avec les profanes,

- les relations intérieures des fidèles avec la hiérarchie.

Dans les relations de la Religion avec les profanes de l’extérieur, Notre-Seigneur

a affirmé Lui-même à plusieurs reprises que Sa doctrine était publique et

non pas cachée. Contentons nous de citer ici les trois principaux textes dans ce

sens :

- "Et Il leur disait : apporte-t-on la lampe pour la mettre sous la boisseau ou

sous le lit ? N’est-ce pas pour la mettre sur le candélabre ? Car il n’y a rien de

caché qui ne doive être manifesté, et rien n'est demeuré secret qui ne doive

venir au jour". Marc IV, 21-22

- "Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce que

vous entendez à l’oreille, publiez-le sur les toits". Math. X, 27

- "Le grand-prêtre interrogea donc Jésus sur Ses disciples et sur Son enseignement.

Jésus lui répondit : C'est publiquement que J'ai parlé au monde ; J'ai

toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple où tous les juifs se

ressemblent, et Je n'ai point parlé en secret". Jean XVIII, 19-20..

Il n'y a donc dans notre religion, aucun secret institutionnel, aucun ésotérisme

collégial. Le Credo des douze Apôtres ne contient pas de clauses confidentielles

et toutes les "vérités de précepte" qui en en sont sorties par la suite s‘imposent à

tous, ouvertement Elles sont les mêmes pour les savants et pour les humbles.

Les humbles semblent même n’être pas les plus mal partagés, puisqu’il est écrit :

35

"Je vous rends grâce, Seigneur, de ce que Vous avez caché ces choses

aux puissants et aux sages et de ce que vous les avez révélées aux humbles".

Math, XI, 25.

La Religion de Notre-Seigneur ne craint donc pas la publicité, la divulgation. le

prosélytisme, lui est recommandé :

"Allez, enseignez toutes les Nations…" ;

"...Prêchez à temps et à contretemps…"

Mais une recommandation de sens contraire lui est également faite, aussi universellement

connue que les précédentes :

"Nolite dare sanctum canibus... " Math VII, 6.

"Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens et ne jetez point vos perles

devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que, se

retournant, ils ne vous déchirent".

Que faut-il entendre par "sanctus" (ce qui est saint) ?

Tous les commentateurs sont d’accord pour dire que ce sont les sacrements

mais aussi les vérités Évangéliques.

Et que faut-il entendre par "chiens" et "porcs" ?

Ce sont les hommes gravement indignes et surtout endurcis, ceux dont nous

dirions aujourd'hui qu’ils ont dépassé la limite de réversibilité, qu'ils sont irrécupérables.

Les chrétiens rendront compte des trésors redoutables dont ils ont la

garde. Si l’Eglise ne craint pas les divulgations, elle craint les profanations.

Mais peut-on donner à cette crainte et aux précautions qu’elle justifie le nom

d'ésotérisme, entendu au sens de procédé didactique ?

Il faut bien reconnaître que ce n'est pas l'usage. Il s'agit plutôt, en effet, d'une

discipline que d'un secret.

Examinons, après cela, si un certain ésotérisme ne se glisserait pas dans les

relations des fidèles avec la hiérarchie ?

Nous pouvons répondre d’emblée par la négative. Il n'existe pas de collège

ésotérique dans l'Eglise catholique ce qui est facile à comprendre après les préceptes

évangéliques que nous venons de citer. "Je n'ai pas enseigné en secret".

Il nous reste une zone à explorer, celui de la doctrine car elle présente des

chapitres extrêmement difficiles à comprendre et dont l’intelligence semble réservée

à une élite. Expliquons-nous sur ce point.

C'est un vieil adage que l'homme peut trouver Dieu dans trois livres :

- la Bible,

- la Création,

36

- et lui-même (ce livre-là n’étant jamais fermé pour personne).

Or la Bible présente une foule d’OBSCURITÉS RELIGIEUSES. Beaucoup de

ses Livres sont très difficiles à comprendre ou ne peuvent l’être que par des clercs

extrêmement érudits : par exemple les "Prophètes", le Livre de Job, le "Cantique

des Cantiques" dont l’exégèse est si épineuse, certains Psaumes, dont certains

sont encore totalement incompréhensibles... etc ...

Ces obscurités, jointes à celles dos Trois Grands Mystères (Trinité, Incarnation,

Rédemption) constituent-elles un ésotérisme à proprement parler ?

Sans doute, la Hiérarchie se réserve de fournir, de l'Ecriture Sainte, un commentaire

autorisé, parce que l’interprétation des Livres Saints requiert absolument

l'inspiration du Saint-Esprit, qui est donnée en vertu des Promesses d'Assistance.

Mais ce commentaire interprétatif n'est pas tenu secret, bien au contraire, il est

élaboré par l’Autorité Doctrinale, mais il ne reste pas son domaine réservé.

Le "Livre de la Création" pose un problème un peu plus subtil. La nature matérielle,

en effet, est un manteau qui révèle l'existence de Dieu mais qui, en même

temps, le dissimule. Elle est constituée par une grande quantité d'oeuvres distinctes

dans lesquelles le Créateur a mis des ressemblances avec Lui et entre

lesquelles Il a mis de l'harmonie. Elle est formée d'une succession de reflets décroissants

que l'on appelle des symboles.

Quand on parvient à remonter la chaîne des symboles, on peut deviner le modèle

qui est à l’origine de tous. Dans le déroulement du temps, les oeuvres de

Dieu se rappellent et s'annoncent les unes les autres. Le Symbolisme de la Création

n'est pas un simple procédé d'enseignement utilisable par des poètes imaginatifs

ou des lecteurs habiles. Il tient à la nature des choses. Il est le résultat de

l’harmonie que Dieu met entre les diverses parties de ses oeuvres.

Or ces correspondances, ces reflets, ces ajustements harmonieux sont difficiles

à apercevoir ; ils sont les uns lumineux, les autres véritablement obscurs ; ils

ne sont pas également saisissables par tout le monde. Mais la perception du

symbolisme n'est interdite à personne ; elle est même recommandée comme

étant une des sources de la connaissance de Dieu. On ne peut donc pas dire qu’il

y ait là un ésotérisme au sens courant du dictionnaire.

Nous pensons maintenant avoir répondu à la question que nous nous sommes

posé : "Peut-on qualifier la doctrine chrétienne d’ésotérique, soit au sens étymologique,

soit au sens courant ?"

La réponse est négative. Certes, notre religion recèle les obscurités que Dieu a

mises Lui-même dans le Livre de la Révélation et dans celui de la Création, mais

il s’agit :

37

- ni d’un ésotérisme de travestissement comme celui que l’on rencontre dans

les congrégations initiatiques de la contre-Eglise,

- ni d'un ésotérisme délibérément introduit pour des raisons didactiques par un

collège sacerdotal.

De plus, la méditation des obscurités de l'Ecriture et des symboles de la nature

introduit dans les mystères d’En-Haut, comme un exemple va nous le montrer :

au moment de la Crucifixion, il se fit des ténèbres de la sixième à la neuvième

heure et Notre-Seigneur expira à la neuvième heure.

Quelles sont donc les harmonies que ces précisions numériques veulent nous

faire comprendre ?

- Le chiffre 6 est celui sous lequel Adam a été tiré du limon de la terre, le

"Sixième Jour" ; or, au calvaire, Notre-Seigneur lave la faute du sixième jour

avec le Précieux Sang ;

- quant au chiffre 9 il est celui de la Sainte Trinité (3 x 3) ; ce chiffre 9 préside à

la mort du "Fils de l’homme" parce que :

- "Nul ne peut voir Dieu et Vivre",

- "Nursumque ait : Non poteris videre faciem mean ; non enim videbit ne

homo et vivet."

"Tu ne pourras pas voir Ma face, car l’homme ne peut pas me voir et vivre".

Exode XXXIII, 20

Il y a dans ces deux chiffres, 6 et 9, des ténèbres de la Passion, un symbolisme

d'une précision, d'une richesse et d'une majesté extraordinaire. Mais on

n'est nullement forcé d'y adhérer, même d'y être sensible. Il n'y a pas là une vérité

de précepte mais un supplément de conviction que certains saisissent et d'autres

pas.

Mais peut-on parler d'un ésotérisme ?

Il n'aurait à coup sûr pas le contenu substantiel de celui des mystères "d'enbas".

Si nous avons exposé si longtemps les données de ce problème de l'ésotérisme,

c'est que les écrivains de la contre-Eglise multiplient les ouvrages sur "le

symbolisme caché de la Religion Chrétienne". Citons en seulement trois pour

nous limiter :

- de René Guénon : "Le Symbolisme de la Croix" ; "L’ésotérisme de Dante"

- de Julius Evola "Le mystère du Graal"

Résumons ainsi leur raisonnement. S'adressant aux chrétiens, ils leur disent

en substance :

38

"Vous avez rationalisé votre religion. Vous avez perdu le sens de vos symboles.

Mais nous, nous les avons conservés. Ils sont contenus dans notre ÉSOTÉRISME.

Nous pouvons vous les réapprendre. Venez les y redécouvrir".

Faut-il répondre à cette invitation ?

Certes pas. Car sans doute, nous retrouverions les symboles chrétiens dans

l'ésotérisme de la contre-Eglise, mais revêtus d'un sens détourné, ambigu, apte à

entretenir la confusion.

Nous avons tout ce qu'il nous faut sans changer de camp. Le patrimoine doctrinal

de l'Église contient déjà de surabondantes méditations sur les difficultés de

l'Ecriture et sur les symboles de la Création. Le Trésor n'est pas caché ; tous les

baptisés y ont accès.

VIII. LES DIFFICULTÉS DE LA KABBALE.

La synagogue des Juifs, comme l'est maintenant l'Église des Gentils, était autrefois

gardienne de l'ECRITURE et de la TRADITION.

L'Ecriture s'est conservée dans une fidélité parfaite ; on ne peut pas dénier aux

Juifs le respect scrupuleux de la "lettre".

Mais la Tradition, ou Kabbale, a été profondément polluée. Notre-Seigneur reprochait

souvent cette dégradation aux prêtres ; un seul exemple nous suffira ici,

mais il y en aurait bien d’autres :

"Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu à cause

de VOTRE TRADITION." Math, XV, 2-3.

La Tradition contenait à l'origine des textes vénérables dans lesquels on avait

reconnu des vestiges de Révélation divine, mais qui n'avaient pas été incorporés,

pour une raison ou pour une autre, aux recueils canoniques ; on y trouvait des récits

historiques, des prières, des écrits mystiques, des compilations jurisprudentielles

dont certains jugements rendus par Moise lui-même. Il est sûr que cette réserve

documentaire serait précieuse, aujourd'hui encore, si on pouvait la reconnaître

au milieu du reste.

Mais la Tradition s'est surchargée et amplifiée démesurément par la suite, incorporant

des légendes et des commentaires où se sont glissées des notions

païennes et des données mystiques incontrôlées.

Et tout cela s'est transmis en bloc, le bon comme le mauvais en vrac, sous le

nom de Kabbale. Les traces de Révélation y sont désormais noyées dans une littérature

toute humaine et d'ailleurs exubérante. On comprend la méfiance à priori

qu'elle a inspirée aux gens d'Eglise et aux défenseurs de l'ordre.

39

Néanmoins faut-il repousser en bloc et sans examens la TRADITION religieuse

des Juifs contenue dans la KABBALE ? Ou bien est-il possible, au moins

en principe, d'en extraire les éléments authentiques s'il s'en trouve ?

Quelques penseurs d'origine chrétienne, surtout au XVIè siècle, ont essayé

d'isoler de cette masse les éléments authentiques qui y figurent dès l'origine et de

reconstituer une "Kabbale chrétienne". Ces tentatives,. sur lesquelles il faudra revenir,

furent décevantes. Elles englobaient dans leur reconstitution des données

issues du paganisme, du panthéisme et de la fausse mystique. Depuis, la Kabbale

figure, avec la Gnose, dans le grand réservoir d'alimentation des doctrines

maçonniques.

Ces exemples confirment la difficulté d'opérer cette discrimination. Bien que la

Kabbale contienne des restes d'authentique tradition, la méfiance classique à son

égard est parfaitement justifiée.

Il n'en est pas moins vrai que cette discrimination se révélerait tout-à-fait souhaitable

dans l'hypothèse de la conversion des Juifs que saint Paul nous laisse

espérer avant la fin des temps.

CONCLUSION

Ce rapport préliminaire n'a fait qu'énumérer des problèmes, esquisser des

méthodes, annoncer des études plus approfondies. Nous voilà donc amenés à

fréquenter la terrible zone de contact entre les deux armées ennemies, entre les

deux "postérités".

C’est là que, par un travail de clarification, nous voudrions éventer les ruses de

l'adversaire, persévérant ainsi dans la ligne tracée par saint Paul quand il écrivait

aux Corinthiens :

"Ces gens-là sont de faux apôtres, des ouvriers astucieux qui se déguisent

en apôtres du Christ. Et ne vous en étonnez pas, car Satan lui-même se

travestit en ange de lumière'.' II Cor. 13-14

Nous ne sommes pas les premiers et ceux qui nous ont précédés nous ont

laissé des méthodes d’investigation qui ont fait leurs preuves. Il faudra cependant

y rajouter quelques règles en rapport avec la phase du combat où nous sommes.

L'armée ennemie a d'abord entamé la société civile : c'est sur ce théâtre

d’opérations que nos devanciers ont eu surtout à combattre. Les critères relatifs

aux formes des organismes subversifs leur ont suffi ; ils les identifiaient à leurs

apparences extérieures. et c'était déjà très bien. Observait-on des traces d'initiation

ou de Kabbale, et d'emblée l'organisme examiné était réputé malade. Il faut

40

reconnaître qu'avec ces critères, ils n'ont pas commis de graves erreurs d'appréciation,

dans le combat plutôt politique qu'ils ont eu à mener.

Aujourd'hui, la "contre-Eglise" a envahi la société religieuse et travaille à confondre

ses doctrines et ses organes avec ceux de l'Eglise ; il s'est formé une inextricable

mêlée. Si notre ambition est d'éclairer le champ de bataille en évitant

les pièges et les travestissements, il nous faut des règles de discrimination allant

plus à l'essence qu'à la forme des choses (puisque les formes tendent à se confondre).

Concernant l'initiation, que dirons-nous ?

Si nous récusons toute forme d'initiation, nous refusons, du même coup, de

reconnaître le caractère, pourtant incontestablement initiatique des trois Sacrements

de l'Eglise qui impriment un caractère dans l'âme : le Baptême, la Confirmation

et l'Ordre.

Que dirons-nous donc pour distinguer les bonnes initiations d'avec les mauvaises ?

Nous demanderons : à quel mystère l'initiation donne-t-elle accès ? Est-ce aux

mystères d'En-Haut ou aux mystères d'En-Bas ? Critère non plus formel mais essentiel.

Concernant l'ésotérisme, que dirons-nous encore ?

Ce qui est répréhensible, ce n'est pas de cacher quelque chose (saint Joseph

a bien caché la naissance miraculeuse de Jésus, rendant ainsi possible notre Rédemption)

mais de cacher le mal : c'est précisément ce que fait la contre-Eglise

dont le trésor ésotérique est le démon, il s'y dissimule sous un enseignement

confus.

Au contraire le Trésor ésotérique de l'Eglise, c’est Jésus, caché dans la Sainte

Eucharistie comme aussi dans les obscurités religieuses de l'Ecriture ; de même

la Création est le symbole ou plus exactement l'écrin dans lequel est enfermé un

joyaux, le Verbe Incarné.

Quant à la Kabbale, elle ne saurait être rejetée en entier : il faut que la bonne

tradition patriarcale et mosaïque en soit extraite ; ce travail deviendra particulièrement

nécessaire le jour où, conformément aux prédictions de saint Paul, les

Juifs (tout au moins en partie) se convertiront ; ils devront reprendre possession

de cette fraction du patrimoine restée si longtemps enfouie.

JEAN VAQUIÉ

SOURCE : http://www.virgo-maria.org/D-Gnose-et-Contre-Eglise/Jean_Vaquie/index_jean_vaquie.htm

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