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Message  Admin Jeu 5 Aoû 2021 - 12:55

MGR VIGANO : L'ÉTAT ET L'ÉGLISE PROFONDS APPORTERONT UNE NOUVELLE RELIGION ET UN NOUVEL ORDRE MONDIAL !


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Traduction : Fabienne Maria

Traditionis custodes : tel est l'incipit du document par lequel François annule impérieusement le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Le ton presque moqueur de la citation grandiloquente de Lumen Gentium n'aura pas échappé à l'attention : au moment où Bergoglio reconnaît les évêques comme les gardiens de la Tradition, il leur demande de faire obstacle à son expression la plus haute et la plus sacrée, la prière.

Dico vobis quia si hii tacuerint, lapides clamabunt.
Je vous dis que si ceux-ci se taisent, les pierres crieront.
Lc 19, 40

Traditionis custodes : tel est l'incipit du document par lequel François annule impérieusement le précédent Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Le ton presque moqueur de la citation grandiloquente de Lumen Gentium n'aura pas échappé à l'attention : au moment même où Bergoglio reconnaît les évêques comme les gardiens de la Tradition, il leur demande de faire obstacle à son expression la plus haute et la plus sacrée, la prière. Quiconque tente de trouver dans les plis du texte un escamotage pour le contourner devrait savoir que le projet envoyé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour révision était extrêmement plus drastique que le texte final : une confirmation, s'il en était besoin, qu'aucune pression particulière n'a été nécessaire de la part des ennemis historiques de la liturgie tridentine - à commencer par les érudits de Sant'Anselmo - pour convaincre Sa Sainteté de s'essayer à ce qu'il fait de mieux : démolir. Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant [1].

Le modus operandi de François

François a une fois de plus désavoué la pieuse illusion de l'herméneutique de la continuité, en affirmant que la coexistence du Vetus et du Novus Ordo est impossible parce qu'ils sont l'expression de deux approches doctrinales et ecclésiologiques irréconciliables. D'un côté, il y a la messe apostolique, la voix de l'Église du Christ ; de l'autre, il y a la "célébration eucharistique" montinienne, la voix de l'Église conciliaire. Et il ne s'agit pas d'une accusation, aussi légitime soit-elle, portée par ceux qui expriment des réserves à l'égard du rite réformé et de Vatican II. Il s'agit plutôt d'un aveu, voire d'une fière affirmation d'adhésion idéologique de la part de François lui-même, chef de la faction la plus extrémiste du progressisme. Son double rôle de pape et de liquidateur de l'Église catholique lui permet, d'une part, de la démolir par des décrets et des actes de gouvernance et, d'autre part, d'utiliser le prestige que lui confère sa fonction pour établir et répandre la nouvelle religion sur les décombres de l'ancienne. Peu importe que ses actes contre Dieu, contre l'Église et contre le troupeau du Seigneur soient en contradiction totale avec ses appels à la parrhesia, au dialogue, à la construction de ponts et non de murs : l'église de la miséricorde et l'hôpital de campagne s'avèrent être des artifices rhétoriques vides de sens, car ce sont les catholiques qui devraient en bénéficier et non les hérétiques ou les fornicateurs. En réalité, chacun de nous sait bien que l'indulgence d'Amoris Laetitia envers le concubinage public et les adultères serait difficilement imaginable envers ces "rigides" contre lesquels Bergoglio lance ses fléchettes dès qu'il en a l'occasion.

Après des années de ce pontificat, nous avons tous compris que les raisons invoquées par Bergoglio pour refuser une rencontre avec un prélat, un homme politique ou un intellectuel conservateur ne s'appliquent pas au cardinal pédophile, à l'évêque hérétique, à l'homme politique avorteur ou à l'intellectuel mondialiste. En bref, il y a une différence flagrante de comportement, à partir de laquelle on peut saisir la partialité et l'esprit de parti de François en faveur de toute idéologie, pensée, projet, expression scientifique, artistique ou littéraire qui n'est pas catholique. Tout ce qui évoque, même vaguement, quelque chose de catholique semble susciter chez le locataire de Santa Marta une aversion pour le moins déconcertante, ne serait-ce qu'en vertu du Trône sur lequel il est assis. Beaucoup ont noté cette dissociation, cette sorte de bipolarité d'un pape qui ne se comporte pas comme un pape et ne parle pas comme un pape. Le problème est que nous ne sommes pas confrontés à une sorte d'inaction de la papauté, comme cela pourrait arriver avec un Pontife malade ou très âgé ; mais plutôt à une action constante qui est organisée et planifiée dans un sens diamétralement opposé à l'essence même de la papauté. Non seulement Bergoglio ne condamne pas les erreurs du temps présent en réaffirmant avec force la Vérité de la Foi catholique - il ne l'a jamais fait ! - mais il cherche activement à diffuser ces erreurs, à les promouvoir, à encourager leurs partisans, à les répandre au maximum et à organiser des événements pour les promouvoir au Vatican, tout en réduisant au silence ceux qui dénoncent ces mêmes erreurs. Non seulement il ne punit pas les prélats fornicateurs, mais il les promeut et les défend même en mentant, tandis qu'il écarte les évêques conservateurs et ne cache pas son agacement devant les appels du cœur des cardinaux non alignés sur le nouveau cours. Non seulement il ne condamne pas les politiciens avorteurs qui se proclament catholiques, mais il intervient pour empêcher la Conférence épiscopale de se prononcer sur cette question, contredisant ainsi cette voie synodale qui lui permet à l'inverse d'utiliser une minorité d'ultra-progressistes pour imposer sa volonté à la majorité des Pères synodaux.

La seule constante de cette attitude, relevée dans sa forme la plus effrontée et arrogante dans Traditionis Custodes, est la duplicité et le mensonge. Une duplicité qui est une façade, bien sûr, quotidiennement désavouée par des positions qui sont tout sauf prudentes en faveur d'un groupe très spécifique, que par souci de brièveté nous pouvons identifier à la gauche idéologique, voire à son évolution la plus récente dans une clé mondialiste, écologiste, transhumaine et LGBTQ. Nous en sommes arrivés au point où même les gens simples, peu au fait des questions doctrinales, comprennent que nous avons un pape non-catholique, du moins au sens strict du terme. Cela pose des problèmes de nature canonique non négligeables, qu'il ne nous appartient pas de résoudre mais qu'il faudra tôt ou tard aborder.

L'extrémisme idéologique

Un autre élément significatif de ce pontificat, porté à ses conséquences extrêmes avec Traditionis Custodes, est l'extrémisme idéologique de Bergoglio : un extrémisme que l'on déplore en paroles quand il concerne les autres, mais qui se manifeste dans son expression la plus violente et la plus impitoyable quand c'est lui-même qui le met en pratique contre le clergé et les laïcs liés au rite ancien et fidèles à la Sainte Tradition. A l'égard de la Fraternité Saint-Pie X, il se montre prêt à faire des concessions et à établir des relations de "bon voisinage", mais à l'égard des pauvres prêtres et des fidèles qui doivent supporter mille humiliations et chantages pour mendier une messe en latin, il ne montre aucune compréhension, aucune humanité. Ce comportement n'est pas accidentel : Le mouvement de Mgr Lefebvre jouit de sa propre autonomie et de son indépendance économique, et pour cette raison il n'a aucune raison de craindre des représailles ou des commissaires du Saint-Siège. Mais les évêques, les prêtres et les clercs incardinés dans les diocèses ou les ordres religieux savent que plane sur eux l'épée de Damoclès de la destitution, du renvoi de l'état ecclésiastique et de la privation de leurs moyens de subsistance.

L'expérience de la messe tridentine dans la vie sacerdotale

Ceux qui ont eu l'occasion de suivre mes discours et mes déclarations savent bien quelle est ma position sur le Concile et sur le Novus Ordo ; mais ils savent aussi quelle est ma formation, mon curriculum au service du Saint-Siège et ma conscience relativement récente de l'apostasie et de la crise dans laquelle nous nous trouvons. Pour cette raison, je voudrais réitérer ma compréhension pour le cheminement spirituel de ceux qui, précisément à cause de cette situation, ne peuvent pas ou ne sont pas encore en mesure de faire un choix radical, comme celui de célébrer ou d'assister exclusivement à la Messe de Saint Pie V. De nombreux prêtres ne découvrent les trésors de la vénérable Liturgie tridentine que lorsqu'ils la célèbrent et se laissent imprégner par elle, et il n'est pas rare qu'une curiosité initiale envers la "forme extraordinaire" - certainement fascinante en raison de la solennité du rite - se transforme rapidement en une prise de conscience de la profondeur des mots, de la clarté de la doctrine, de l'incomparable spiritualité qu'elle fait naître et nourrit dans nos âmes. Il existe une harmonie parfaite que les mots ne peuvent exprimer, que les fidèles ne peuvent comprendre qu'en partie, mais qui touche le cœur du Sacerdoce comme seul Dieu peut le faire. Cela peut être confirmé par mes confrères qui se sont approchés de l'usus antiquior après des décennies de célébration obéissante du Novus Ordo : Un monde s'ouvre, un cosmos qui comprend la prière du Bréviaire avec les leçons de Matines et les commentaires des Pères, les renvois aux textes de la Messe, le Martyrologe à l'Heure de Prime… Ce sont des paroles sacrées - non pas parce qu'elles sont exprimées en latin - mais plutôt parce que la langue vulgaire les rabaisserait, les profanerait, comme l'a judicieusement observé Dom Guéranger. Ce sont les paroles de l'Épouse à l'Époux divin, les paroles de l'âme qui vit en union intime avec Dieu, de l'âme qui se laisse habiter par la Très Sainte Trinité. Des paroles essentiellement sacerdotales, au sens le plus profond du terme, qui impliquent dans le sacerdoce non seulement le pouvoir d'offrir le sacrifice, mais aussi de s'unir dans l'offrande à la Victime pure, sainte et immaculée. Cela n'a rien à voir avec les divagations du rite réformé, qui cherche trop à plaire à la mentalité sécularisée pour se tourner vers la Majesté de Dieu et la Cour céleste ; il est si préoccupé de se rendre compréhensible qu'il doit renoncer à communiquer autre chose qu'une banale évidence ; si soucieux de ne pas blesser les hérétiques qu'il se permet de taire la Vérité au moment même où le Seigneur Dieu se rend présent sur l'autel ; si craintif de demander aux fidèles le moindre engagement qu'il banalise le chant sacré et toute expression artistique liée au culte. Le simple fait que des pasteurs luthériens, des modernistes et des francs-maçons connus aient collaboré à la rédaction de ce rite devrait nous faire comprendre, sinon la mauvaise foi et la faute intentionnelle, du moins la mentalité horizontale, dépourvue de toute impulsion surnaturelle, qui a animé les auteurs de la soi-disant "réforme liturgique" - qui, pour autant que nous le sachions, ne brillaient certainement pas de la sainteté avec laquelle brillent les auteurs sacrés des textes de l'ancien Missale Romanum et de l'ensemble du corpus liturgique.

Combien d'entre vous, prêtres - et certainement aussi de nombreux laïcs - en récitant les merveilleux versets de la séquence de la Pentecôte ont été émus aux larmes, comprenant que leur prédilection initiale pour la liturgie traditionnelle n'avait rien à voir avec une satisfaction esthétique stérile, mais s'était transformée en une véritable nécessité spirituelle, aussi indispensable que la respiration ? Comment pouvez-vous et comment pouvons-nous expliquer à ceux qui voudraient aujourd'hui vous priver de ce bien inestimable, que ce rite béni vous a fait découvrir la vraie nature de votre sacerdoce, et que c'est en lui et en lui seul que vous pouvez puiser force et nourriture pour affronter les engagements de votre ministère ? Comment pouvez-vous faire comprendre que le retour obligatoire au rite montinien représente pour vous un sacrifice impossible, car dans la lutte quotidienne contre le monde, la chair et le diable, il vous laisse désarmés, prostrés et sans force ?

Il est évident que seuls ceux qui n'ont pas célébré la Messe de saint Pie V peuvent la considérer comme une fadeur du passé, dont on peut se passer. Même de nombreux jeunes prêtres, habitués au Novus Ordo depuis leur adolescence, ont compris que les deux formes de rite n'ont rien en commun, et que l'une est tellement supérieure à l'autre qu'elle en révèle toutes les limites et les critiques, au point d'en rendre la célébration presque douloureuse. Il ne s'agit pas de nostalgie, d'un culte du passé : il s'agit ici de la vie de l'âme, de sa croissance spirituelle, de l'ascèse et de la mystique. Des concepts que ceux qui considèrent leur sacerdoce comme une profession ne peuvent même pas comprendre, tout comme ils ne peuvent pas comprendre l'agonie qu'une âme sacerdotale ressent en voyant l'Espèce eucharistique profanée lors des rites grotesques de la communion à l'époque de la farce pandémique.

La vision réductrice de la libéralisation de la messe

C'est pourquoi je trouve extrêmement désagréable de devoir lire dans Traditionis Custodes que la raison pour laquelle François estime que le Motu Proprio Summorum Pontificum a été promulgué il y a quatorze ans ne tient qu'au désir de guérir le soi-disant schisme de Mgr Lefebvre. Bien sûr, le calcul "politique" a pu avoir son poids, surtout à l'époque de Jean-Paul II, même si à cette époque les fidèles de la Fraternité Saint-Pie X étaient peu nombreux. Mais la demande de pouvoir redonner la citoyenneté à la messe qui, pendant deux millénaires, a nourri la sainteté des fidèles et donné la sève de la vie à la civilisation chrétienne, ne peut être réduite à un fait contingent.

Par son Motu Proprio, Benoît XVI a restitué à l'Église la Messe apostolique romaine, en déclarant qu'elle n'avait jamais été abolie. Indirectement, il a admis qu'il y avait eu un abus de la part de Paul VI, lorsque, pour donner de l'autorité à son rite, il a impitoyablement interdit la célébration de la liturgie traditionnelle. Et même si dans ce document il peut y avoir quelques éléments incongrus, comme la coexistence des deux formes du même rite, nous pouvons croire que ceux-ci ont servi à permettre la diffusion de la forme extraordinaire, sans affecter la forme ordinaire. En d'autres temps, il aurait semblé incompréhensible de laisser célébrer une messe imprégnée de malentendus et d'omissions, alors que l'autorité du Pontife aurait pu simplement restaurer le rite ancien. Mais aujourd'hui, avec le lourd fardeau de Vatican II et avec la mentalité sécularisée désormais répandue, même la simple pudeur de célébrer la Messe tridentine sans autorisation peut être considérée comme un bien indéniable - un bien visible par tous en raison des fruits abondants qu'il apporte aux communautés où il est célébré. Et nous pouvons également croire qu'elle aurait apporté encore plus de fruits si seulement Summorum Pontificum avait été appliquée en tous ses points et avec un esprit de véritable communion ecclésiale.

Le prétendu "usage instrumental" du missel romain

François sait bien que le sondage effectué auprès des évêques du monde entier n'a pas donné de résultats négatifs, même si la formulation des questions indiquait clairement les réponses qu'il souhaitait recevoir. Cette consultation était un prétexte, afin de faire croire que la décision qu'il a prise était inévitable et le fruit d'une demande chorale de l'épiscopat. Nous savons tous que si Beroglio veut obtenir un résultat, il n'hésite pas à recourir à la force, au mensonge et aux tours de passe-passe : les événements des derniers Synodes l'ont démontré au-delà de tout doute raisonnable, avec l'Exhortation post-synodale rédigée avant même le vote de l'Instrumentum Laboris. Dans ce cas aussi, donc, le but préétabli était l'abolition de la Messe tridentine et la prophase, c'est-à-dire l'excuse apparente, devait être le supposé "usage instrumental du Missel romain de 1962, souvent caractérisé par un rejet non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II lui-même" (ici). En toute honnêteté, on peut éventuellement accuser de cet usage instrumental la Fraternité Saint-Pie X, qui a le droit d'affirmer ce que chacun de nous sait bien, à savoir que la Messe de Saint-Pie V est incompatible avec l'ecclésiologie et la doctrine post-conciliaires. Mais la Fraternité n'est pas concernée par le Motu Proprio et a toujours célébré en utilisant le Missel de 1962, précisément en vertu de ce droit inaliénable que Benoît XVI a reconnu et qui n'a pas été créé ex nihilo en 2007.

Le prêtre diocésain qui célèbre la Messe dans l'église qui lui est assignée par l'évêque et qui, chaque semaine, doit subir le troisième degré à cause des accusations de catholiques progressistes zélés, uniquement parce qu'il a osé réciter le Confiteor avant d'administrer la Communion aux fidèles, sait très bien qu'il ne peut pas dire du mal du Novus Ordo ou de Vatican II, car à la première syllabe, il serait déjà convoqué à la Curie et envoyé dans une église paroissiale perdue dans les montagnes. Ce silence, toujours douloureux et presque toujours perçu par tous comme plus éloquent que beaucoup de mots, est le prix qu'il doit payer pour avoir la possibilité de célébrer la Sainte Messe de tous les temps, pour ne pas priver les fidèles des grâces qu'elle déverse sur l'Eglise et le monde. Et ce qui est encore plus absurde, c'est qu'alors que nous entendons dire impunément que la Messe tridentine doit être abolie parce qu'elle est incompatible avec l'ecclésiologie de Vatican II, dès que nous disons la même chose - c'est-à-dire que la Messe montinienne est incompatible avec l'ecclésiologie catholique - nous sommes immédiatement l'objet de condamnation, et notre affirmation est utilisée comme preuve contre nous devant le tribunal révolutionnaire de Santa Marta.

Je me demande quelle sorte de maladie spirituelle a pu frapper les bergers au cours des dernières décennies, pour les amener à devenir, non pas des pères aimants, mais des censeurs impitoyables de leurs prêtres, des fonctionnaires constamment à l'affût et prêts à révoquer tous les droits en vertu d'un chantage qu'ils ne cherchent même pas à dissimuler. Ce climat de suspicion ne contribue pas le moins du monde à la sérénité de nombreux bons prêtres, lorsque le bien qu'ils font est toujours placé sous la loupe de fonctionnaires qui considèrent le fidèle lié à la Tradition comme un danger, comme une présence gênante à tolérer tant qu'elle ne se fait pas trop remarquer. Mais comment concevoir une Église dans laquelle le bien est systématiquement entravé et où celui qui le fait est considéré avec suspicion et gardé sous contrôle ? Je comprends donc le scandale de nombreux catholiques, de fidèles et de pas mal de prêtres face à ce "berger qui, au lieu de sentir ses brebis, les frappe rageusement avec un bâton"

Le malentendu de pouvoir jouir d'un droit comme s'il s'agissait d'une concession gracieuse se retrouve également dans les affaires publiques, où l'État se permet d'autoriser les voyages, les cours scolaires, l'ouverture d'activités et l'exécution de travaux, à condition de ne pas renoncer à l'inoculation du sérum génétique expérimental. Ainsi, de même que la "forme extraordinaire" est accordée à la condition d'accepter le Conseil et la messe réformée, de même dans la sphère civile les droits des citoyens sont accordés à la condition d'accepter le récit de la pandémie, la vaccination et les systèmes de traçage. Il n'est pas surprenant que dans de nombreux cas, ce sont précisément les prêtres et les évêques - et Bergoglio lui-même - qui demandent que les gens soient vaccinés pour pouvoir accéder aux sacrements - la parfaite synchronisation des actions des deux côtés est pour le moins troublante.

Mais où est donc cet usage instrumental du Missale Romanum ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de l'utilisation instrumentale du Missel de Paul VI, qui - pour paraphraser les paroles de Bergoglio - se caractérise de plus en plus par un rejet croissant non seulement de la tradition liturgique préconciliaire mais aussi de tous les Conciles œcuméniques antérieurs à Vatican II ? D'autre part, n'est-ce pas précisément François qui considère comme une menace pour le Concile le simple fait que l'on puisse célébrer une messe qui répudie et condamne toutes les déviations doctrinales de Vatican II ?

Autres incongruités

Jamais, dans l'histoire de l'Église, un Concile ou une réforme liturgique n'ont constitué un point de rupture entre ce qui a précédé et ce qui a suivi ! Jamais, au cours de ces deux millénaires, les Pontifes romains n'ont délibérément tracé une frontière idiogène entre l'Église qui les a précédés et celle qu'ils devaient gouverner, annulant et contredisant le Magistère de leurs prédécesseurs ! L'avant et l'après, au contraire, sont devenus une obsession, aussi bien pour ceux qui, prudemment, ont insinué des erreurs doctrinales derrière des expressions équivoques, que pour ceux qui, avec l'audace de ceux qui croient avoir gagné, ont propagé Vatican II comme "le 1789 de l'Église", comme un événement "prophétique" et "révolutionnaire". Avant le 7 juillet 2007, en réponse à la propagation du rite traditionnel, un célèbre maître de cérémonie pontifical a répondu avec piquant : "Il n'y a pas de retour en arrière possible !" Et pourtant, apparemment avec François, on peut revenir sur la promulgation du Summorum Pontificum - et comment ! - si cela sert à préserver le pouvoir et à empêcher le Bien de se répandre. C'est un slogan qui fait sinistrement écho au cri de "Rien ne sera plus comme avant" de la farce pandémique.

L'admission par François d'une prétendue division entre les fidèles liés à la liturgie tridentine et ceux qui, en grande partie par habitude ou par résignation, se sont adaptés à la liturgie réformée est révélatrice : il ne cherche pas à guérir cette division en reconnaissant les pleins droits à un rite qui est objectivement meilleur par rapport au rite montinien, mais précisément pour empêcher que la supériorité ontologique de la Messe de Saint Pie V ne devienne évidente, et pour empêcher que les critiques du rite réformé et de la doctrine qu'il exprime n'émergent, il l'interdit, il le qualifie de diviseur, il le cantonne dans les réserves indiennes, en essayant de limiter au maximum sa diffusion, afin qu'il disparaisse complètement au nom de la culture de l'annulation dont la révolution conciliaire a été le précurseur malheureux. Ne pouvant tolérer que le Novus Ordo et Vatican II sortent inexorablement vaincus de leur confrontation avec le Vetus Ordo et le Magistère catholique pérenne, la seule solution qui peut être adoptée est d'effacer toute trace de la Tradition, en la reléguant au refuge nostalgique de quelque octogénaire irréductible ou d'une clique d'excentriques, ou en la présentant - comme prétexte - comme le manifeste idéologique d'une minorité de fondamentalistes. D'autre part, la construction d'une version médiatique conforme au système, à répéter ad nauseam pour endoctriner les masses, est l'élément récurrent non seulement dans la sphère ecclésiastique mais aussi dans la sphère politique et civile, de sorte qu'il apparaît avec une évidence déconcertante que l'Église profonde et l'État profond ne sont rien d'autre que deux voies parallèles qui vont dans le même sens et ont pour destination finale le Nouvel Ordre Mondial, avec sa religion et son prophète.

La division est là, évidemment, mais elle ne vient pas des bons catholiques et du clergé qui restent fidèles à la doctrine de toujours, mais plutôt de ceux qui ont remplacé l'orthodoxie par l'hérésie et le Saint Sacrifice par une agape fraternelle. Cette division n'est pas nouvelle aujourd'hui, mais remonte aux années soixante, lorsque "l'esprit du Concile", l'ouverture au monde et le dialogue interreligieux ont mis à la paille deux mille ans de catholicité et ont révolutionné tout le corps ecclésial, en persécutant et en ostracisant les réfractaires. Pourtant, cette division, accomplie en introduisant la confusion doctrinale et liturgique au cœur de l'Église, ne semblait pas alors si déplorable ; alors qu'aujourd'hui, en pleine apostasie, on considère paradoxalement comme des diviseurs ceux qui demandent, non pas la condamnation explicite de Vatican II et du Novus Ordo, mais simplement la tolérance de la Messe "dans la forme extraordinaire" au nom du pluralisme multiforme tant vanté.

Il est significatif que, même dans le monde civilisé, la protection des minorités n'est valable que lorsqu'elles servent à démolir la société traditionnelle, alors que cette protection est ignorée lorsqu'elle garantirait les droits légitimes des citoyens honnêtes. Et il est devenu clair que sous le prétexte de la protection des minorités, la seule intention était d'affaiblir la majorité des bons, tandis que maintenant que la majorité est composée de corrompus, la minorité des bons peut être écrasée sans pitié : l'histoire récente ne manque pas de précédents éclairants à cet égard.

La nature tyrannique de Traditionis custodes

A mon avis, ce n'est pas tant tel ou tel point du Motu Proprio qui est déconcertant, mais plutôt sa nature tyrannique globale accompagnée d'une fausseté substantielle des arguments avancés pour justifier les décisions imposées. Le scandale est également donné par l'abus de pouvoir d'une autorité dont la raison d'être n'est pas d'entraver ou de limiter les grâces qui sont accordées à ses adhérents par l'intermédiaire de l'Église, mais plutôt de promouvoir ces grâces ; non pas de retirer la gloire de la Majesté divine avec un rite qui fait un clin d'œil aux protestants, mais plutôt de rendre cette gloire parfaitement ; non pas de semer des erreurs doctrinales et morales, mais plutôt de les condamner et de les éradiquer. Ici aussi, le parallèle avec ce qui se passe dans le monde civil n'est que trop évident : nos gouvernants abusent de leur pouvoir comme le font nos prélats, en imposant des normes et des limitations en violation des principes les plus élémentaires du droit. En outre, ce sont précisément ceux qui sont constitués en autorité, sur les deux fronts, qui se prévalent souvent d'une simple reconnaissance de facto par la base - citoyens et fidèles - même lorsque les méthodes par lesquelles ils ont pris le pouvoir violent, sinon la lettre, du moins l'esprit de la loi. Le cas de l'Italie - où un gouvernement non élu légifère sur l'obligation de se faire vacciner et sur le passeport vert, en violant la Constitution italienne et les droits naturels du peuple italien - ne semble pas très différent de la situation dans laquelle se trouve l'Église, avec un Pontife démissionnaire remplacé par Jorge Mario Bergoglio, choisi - ou du moins apprécié et soutenu - par la mafia saint-galloise et l'épiscopat ultra-progressiste. Il reste évident qu'il existe une profonde crise de l'autorité, tant civile que religieuse, dans laquelle ceux qui exercent le pouvoir le font à l'encontre de ceux qu'ils sont censés protéger, et surtout à l'encontre du but pour lequel cette autorité a été établie.

Analogies entre l'Église profonde et l'État profond

Je pense que l'on a compris que la société civile et l'Église souffrent du même cancer qui a frappé la première avec la Révolution française et la seconde avec le Concile Vatican II : dans les deux cas, la pensée maçonnique est à la base de la démolition systématique de l'institution et de son remplacement par un simulacre qui conserve ses apparences extérieures, sa structure hiérarchique et sa force coercitive, mais avec des objectifs diamétralement opposés à ceux qu'elle devrait avoir.

A ce stade, les citoyens d'une part et les fidèles d'autre part se trouvent dans la condition de devoir désobéir à l'autorité terrestre pour obéir à l'autorité divine, qui gouverne les Nations et l'Eglise. Il est évident que les "réactionnaires" - c'est-à-dire ceux qui n'acceptent pas la perversion de l'autorité et veulent rester fidèles à l'Église du Christ et à leur Patrie - constituent un élément de dissidence qui ne peut en aucun cas être toléré, et qui doit donc être discrédité, délégitimé, menacé et privé de ses droits au nom d'un "bien public" qui n'est plus le bonum commune mais son contraire. Qu'ils soient accusés de théorie du complot, de traditionalisme ou de fondamentalisme, ces quelques survivants d'un monde qu'ils veulent faire disparaître constituent une menace pour l'accomplissement du plan global, juste au moment le plus crucial de sa réalisation. C'est pourquoi le pouvoir réagit de manière aussi ouverte, effrontée et violente : l'évidence de la fraude risque d'être comprise par un plus grand nombre de personnes, de les rassembler dans une résistance organisée, de briser le mur du silence et la censure féroce imposés par les grands médias.

Nous pouvons donc comprendre la violence des réactions de l'autorité et nous préparer à une opposition forte et déterminée, en continuant à nous prévaloir des droits qui nous ont été abusivement et illicitement refusés. Bien sûr, nous pourrons nous trouver dans l'obligation d'exercer ces droits de manière incomplète lorsqu'on nous refusera la possibilité de voyager si nous n'avons pas notre laissez-passer vert ou si l'évêque nous interdit de célébrer la Messe de toujours dans une église de son diocèse, mais notre résistance aux abus d'autorité pourra toujours compter sur les Grâces que le Seigneur ne cessera de nous accorder - en particulier la vertu de Fortitude qui est si indispensable en temps de tyrannie.

La normalité qui effraie

Si, d'une part, nous pouvons constater que la persécution des dissidents est bien organisée et planifiée, d'autre part, nous ne pouvons manquer de reconnaître la fragmentation de l'opposition. Bergoglio sait bien que tout mouvement de dissidence doit être réduit au silence, surtout en créant des divisions internes et en isolant les prêtres et les fidèles. Une collaboration fructueuse et fraternelle entre le clergé diocésain, les religieux et les instituts Ecclesia Dei est une chose qu'il doit éviter, car elle permettrait de diffuser une connaissance du rite ancien, ainsi qu'une aide précieuse dans le ministère. Mais cela signifierait faire de la messe tridentine une "normalité" dans la vie quotidienne des fidèles, ce qui n'est pas tolérable pour François. Pour cette raison, le clergé diocésain est laissé à la merci de ses Ordinaires, tandis que les Instituts Ecclesia Dei sont placés sous l'autorité de la Congrégation des Religieux, comme un triste prélude à un destin déjà scellé. N'oublions pas le sort qui a frappé les Ordres religieux florissants, coupables d'être bénis par de nombreuses vocations nées et nourries précisément grâce à la Liturgie traditionnelle détestée et à l'observance fidèle de la Règle. C'est pourquoi certaines formes d'insistance sur l'aspect cérémoniel des célébrations risquent de légitimer les dispositions du commissaire et de faire le jeu de Bergoglio.

Même dans le monde civil, c'est précisément en encourageant certains excès des dissidents que les gouvernants les marginalisent et légitiment les mesures répressives à leur égard : il suffit de penser au cas des mouvements no-vax et à la facilité avec laquelle on discrédite les protestations légitimes des citoyens en soulignant les excentricités et les incohérences de quelques-uns. Et il est trop facile de condamner quelques agités qui, par exaspération, ont mis le feu à un centre de vaccination, en occultant des millions de personnes honnêtes qui descendent dans la rue pour ne pas être marquées du passeport sanitaire ou licenciées si elles ne se laissent pas vacciner.

Ne pas rester isolé et désorganisé

Un autre élément important pour nous tous est la nécessité de donner une visibilité à notre protestation composée et d'assurer une forme de coordination de l'action publique. Avec l'abolition du Summorum Pontificum, nous nous trouvons ramenés vingt ans en arrière. Cette décision malheureuse de Bergoglio d'annuler le Motu Proprio du Pape Benoît est vouée à un échec inexorable, car elle touche à l'âme même de l'Église, dont le Seigneur lui-même est Pontife et Grand Prêtre. Et il n'est pas acquis que l'épiscopat tout entier - comme nous le constatons ces derniers jours avec soulagement - soit disposé à se soumettre passivement à des formes d'autoritarisme qui ne contribuent certainement pas à apporter la paix aux âmes. Le Code de droit canonique garantit aux évêques la possibilité de dispenser leurs fidèles des lois particulières ou universelles, sous certaines conditions. Deuxièmement, le peuple de Dieu a bien compris le caractère subversif de Traditionis Custodes et est instinctivement amené à vouloir connaître ce qui suscite une telle désapprobation chez les progressistes. Ne soyons donc pas surpris si nous commençons bientôt à voir les fidèles issus de la vie paroissiale ordinaire et même ceux qui sont éloignés de l'Église trouver le chemin des églises où la messe traditionnelle est célébrée. Il sera de notre devoir, que ce soit en tant que ministres de Dieu ou en tant que simples fidèles, de faire preuve de fermeté et de résistance sereine à de tels abus, en marchant sur le chemin de notre propre petit calvaire avec un esprit surnaturel, alors que les nouveaux grands prêtres et scribes du peuple se moquent de nous et nous qualifient de fanatiques. Ce sera notre humilité, l'offrande silencieuse des injustices à notre égard, et l'exemple d'une vie cohérente avec le Credo que nous professons qui méritera le triomphe de la Messe catholique et la conversion de nombreuses âmes. Et souvenons-nous que, puisque nous avons beaucoup reçu, on exigera beaucoup de nous.

Restitutio in integrum

Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent à la place ? (Lc 11, 11-12). Nous pouvons maintenant comprendre le sens de ces paroles, en considérant avec douleur et tourment du cœur le cynisme d'un père qui nous donne les pierres d'une liturgie sans âme, les serpents d'une doctrine corrompue, et les scorpions d'une morale frelatée. Et qui en arrive à diviser le troupeau du Seigneur entre ceux qui acceptent le Novus Ordo et ceux qui veulent rester fidèles à la messe de nos pères, exactement comme les gouvernants civils opposent les vaccinés et les non-vaccinés.

Lorsque Notre Seigneur entra à Jérusalem assis sur un ânon, alors que la foule écartait les manteaux sur son passage, les Pharisiens lui demandèrent : "Maître, reprends tes disciples." Le Seigneur leur répondit : " Je vous le dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront " (Lc 19, 28-40). Depuis soixante ans, les pierres de nos églises crient, d'où le Saint Sacrifice a été deux fois proscrit. Le marbre des autels, les colonnes des basiliques et les voûtes vertigineuses des cathédrales crient aussi, parce que ces pierres, consacrées au culte du vrai Dieu, sont aujourd'hui abandonnées et désertées, ou profanées par des rites odieux, ou transformées en parkings et en supermarchés, précisément à cause de ce Concile que nous nous obstinons à défendre. Nous aussi, crions : nous qui sommes les pierres vivantes du temple de Dieu. Crions avec foi vers le Seigneur, pour qu'il donne une voix à ses disciples aujourd'hui muets, et pour que soit réparé le vol intolérable dont sont responsables les administrateurs de la Vigne du Seigneur.

Mais pour que ce vol soit réparé, il faut que nous nous montrions dignes des trésors qui nous ont été volés. Essayons de le faire par notre sainteté de vie, en donnant l'exemple des vertus, par la prière et la réception fréquente des sacrements. Et n'oublions pas qu'il y a des centaines de bons prêtres qui connaissent encore le sens de la Sainte Onction par laquelle ils ont été ordonnés Ministres du Christ et dispensateurs du Mystère de Dieu. Le Seigneur daigne descendre sur nos autels, même lorsqu'ils sont érigés dans des caves ou des greniers. Contrariis quibuslibet minime obstantibus [Toute chose contraire nonobstant].

Carlo Maria Viganò, Archevêque
28 juillet 2021
Ss. Nazarii et Celsi Martyrum,
Victoris I Papae et Martyris ac
Innocentii I Papae et Confessoris

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"Oui, mon retour est proche!
Amen, viens, Seigneur Jésus!"


Apocalypse, 22, 20


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